Dossier n°14605 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Léa Marcelline, Lucienne (Branchard) Passard

Année de nomination : 2026
Date de naissance : 30/06/1919
Date de décès : //
Profession : Sans profession

Bernard Noë, Louis Passard

Année de nomination : 2026
Date de naissance : 30/08/1924
Date de décès : 05/03/2004
Profession : Débardeur
    Localisation Ville : Colonard (61340)
    Département : Orne
    Région : Pays-de-la-Loire

    Cérémonies

      L'histoire

       

      Aaron Tinader arrive en France vers 1907, à l’âge de quinze ans. En 1913, il épouse Déborah, originaire du même village que lui en Roumanie, où ils se sont rencontrés. Tous deux sont naturalisés français en 1928 : Aaron sous le n° 1255523 et Déborah sous le n° 1255524. Aaron est ébéniste, tandis que Déborah est finisseuse dans la confection.

      Le couple a quatre enfants, dont Léon, né en 1914. Ébéniste puis tailleur, celui-ci épouse Noma Stolowa, née en Pologne, qui travaille également dans la confection. Leur fils, Lucien, naît en 1935 dans le XXᵉ arrondissement de Paris.

      Lorsque la guerre éclate en 1939, Lucien est placé en nourrice à Noisy-le-Grand, chez « Tata Louise », une amie de sa grand-mère. En 1940, son père Léon, mobilisé, est fait prisonnier de guerre en Autriche et interné au Stalag XVIII A. L’année suivante, faute de nourriture chez la nourrice, Noma reprend son fils auprès d’elle et l’inscrit à l’école.

      En 1943, Noma vit seule avec Lucien au 6, passage Dagorno, dans le XXᵉ arrondissement de Paris. Les grands-parents paternels habitent quant à eux au n° 4 du même passage.

      La situation des Juifs se dégrade de jour en jour. Consciente du danger grandissant, Noma décide de mettre son fils à l’abri en l’envoyant à la campagne. Ne connaissant personne à qui le confier, elle sollicite l’aide de son voisin de palier, Monsieur Villepoux, qui fait du marché noir et dispose de contacts en Normandie. Quelques jours plus tard, celui-ci lui annonce avoir trouvé un couple prêt à accueillir Lucien : Bernard et Léa Passard, de jeunes agriculteurs installés à Colonard-le-Buisson, devenu depuis Colonard-Corubert (aujourd’hui commune de Perche-en-Nocé, dans l’Orne). Bernard n’est alors pas encore en âge d’effectuer son service militaire.

      À la fin de l’année 1943, Léa Passard vient chercher Lucien à Paris afin d’éviter que sa mère et lui ne prennent le train, désormais interdit aux Juifs. Lucien n’a alors que huit ans.

      Les Passard sont de jeunes mariés. Leur maison comprend deux niveaux : Lucien dort dans la pièce unique du rez-de-chaussée, sous l’escalier, tandis que Bernard et Léa occupent l’étage. Les parents de Léa vivent également sur la place du village.

      Léa inscrit Lucien à l’école communale. Son père, Charles, lui apprend à tresser des paniers et fabrique pour lui une paire de sabots, qu’il porte avec des chaussettes garnies de paille. La mère de Léa, paysanne au caractère affirmé mais d’une grande bonté, prend également soin de lui. Chaque dimanche, Léa l’emmène à l’église afin de ne pas éveiller les soupçons.

      Au cours de ce séjour forcé, Noma ne supporte plus la séparation. Son mari est prisonnier en Autriche et son fils caché en Normandie. Malgré l’interdiction faite aux Juifs de voyager, elle retire son étoile jaune, laisse à Paris sa carte d’identité perforée du mot « Juif » et prend le train au péril de sa vie pour serrer son fils dans ses bras. À la moindre rafle, elle risquait d’être arrêtée, déportée à Drancy puis à Auschwitz.

      À peine arrivée au village, le curé vient lui reprocher que Lucien ne fréquente pas le catéchisme. Noma lui révèle alors qu’ils sont de confession israélite. Elle ne reste qu’une seule nuit avant de regagner Paris.

      Le 6 juin 1944, Lucien se trouve toujours à Colonard. Depuis le matin, il voit les avions traverser le ciel et entend gronder les canons de la marine. Très vite, la nouvelle se répand : les Alliés ont débarqué en Normandie.

      Quelque temps plus tard, son oncle Édouard, le plus jeune frère de son père, vient lui rendre visite. Lucien croit alors qu’il va pouvoir rentrer à Paris. Mais Édouard lui explique qu’il est venu à la demande de sa mère et de sa grand-mère pour prendre de ses nouvelles et que, dans la capitale, il n’y a toujours rien à manger. Lucien doit donc rester caché quelque temps encore.

      Lorsque la situation s’améliore enfin, il peut retrouver les siens, sans jamais oublier le courage et l’humanité de Bernard et Léa Passard, qui l’ont accueilli, protégé et sauvé au péril de leur propre sécurité.

      En 2026, Yad Vashem, Institut international pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Bernard et Léa Passard le titre de Justes parmi les Nations en reconnaissance des risques qu’ils ont pris pour sauver le jeune Lucien Tinader pendant la Seconde Guerre mondiale.

      Léa Passard et Lucien Tinader en juillet 2021

       




      Mis à jour il y a 1 jour.