Les Justes
Marcelle (Daudier) Pierre
Année de nomination : 2025Date de naissance : 29/08/1900
Date de décès : 28/03/1993
Profession : Institutrice
Jean Pierre
Année de nomination : 2025Date de naissance : 20/04/1887
Date de décès : 28/03/1979
Profession : Industriel
Département : Drôme
Région : Auvergne-Rhône-Alpes
Personnes sauvées
Cérémonies
L'histoire

Marcelle et Jean Pierre
La famille Pierre louait la maison des Caen à Metz depuis 1934. Les deux familles se connaissaient bien et se fréquentaient régulièrement à l’occasion de fêtes et de rencontres familiales. Industriels, les Pierre furent contraints, dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, de délocaliser leur entreprise.
Jean Pierre et son frère s’installèrent alors à Valence, dans la Drôme. Ils recherchèrent une propriété susceptible d’accueillir non seulement leur famille et leurs proches, mais également dotée de terres agricoles permettant une relative autonomie alimentaire et située à l’écart des grands axes routiers, dans un contexte de pénuries et d’occupation. Ils trouvèrent une propriété répondant à ces critères à Albon, à environ 40 kilomètres de Valence.
C’est dans cette propriété que Jean et Marcelle Pierre accueillirent Pierre et Jacques Caen, de janvier 1943 à septembre 1944.
La famille Caen était originaire de Lorraine et de Moselle. Les parents s’étaient mariés à Metz en 1919. Deux fils étaient nés de cette union : Pierre, né en 1921, et Jacques, né en 1927. À la suite d’une maladie, Monsieur Caen décéda en 1938, laissant son épouse seule avec ses deux enfants.
Madame Caen et ses fils vinrent alors s’installer à Chinon, où ils vivaient avec la sœur de Madame Caen, son époux et leurs enfants. Dès 1941, conformément aux lois antisémites du régime de Vichy, ils durent se déclarer comme juifs. À mesure que les rafles s’intensifiaient, la situation devint de plus en plus dangereuse.
Le 11 février 1942, le beau-frère de Madame Caen fut arrêté à la suite de l’assassinat d’un officier allemand à Tours. Il fut déporté avec son fils par le convoi n°2 parti de Compiègne en juin 1942. Madame Caen, quant à elle, fut arrêtée lors de la rafle du 16 juillet 1942, dite rafle du Vél’ d’Hiv’, puis déportée vers les camps de la mort, où elle disparut.
Averti par son frère Jacques de la rafle imminente à Chinon, Pierre Caen parvint à s’enfuir. Ses employeurs prirent le risque de le conduire jusqu’à Châtellerault, malgré la présence allemande, ce qui lui permit de franchir la ligne de démarcation et de rejoindre la zone libre. Il réussit ainsi à gagner Valence, où il retrouva son frère Jacques quelques jours seulement avant l’arrestation de leur mère.
Devenus orphelins, Jacques et Pierre demandèrent alors de l’aide à Jean et Marcelle Pierre. Sans aucune contrepartie financière et animés d’une grande bienveillance, ces derniers les accueillirent pendant environ vingt mois. Ils les conduisirent dans leur propriété des Buis, à Albon, où les deux frères furent cachés.
Durant cette période, Pierre put trouver un emploi, tandis que Jacques poursuivit sa scolarité. Jean Pierre avait pris la précaution de prévenir le proviseur du lycée de Valence afin que Jacques puisse suivre les cours tout en disposant d’une possibilité de fuite en cas de danger. Grâce à ces précautions et à l’isolement relatif de la propriété, les deux frères traversèrent la guerre sans être inquiétés.
La famille Pierre les présenta aux voisins comme de proches amis originaires de Moselle et de Metz, ce qui permit de dissiper les soupçons. Loin des restrictions et des contrôles de la ville, Jacques et Pierre trouvèrent à Albon un refuge sûr.
Des liens très forts se tissèrent entre les deux frères Caen et la famille Pierre, liens qui perdurèrent bien au-delà de la fin de la guerre en 1945.
En décembre 2025, Yad Vashem, Institut International pour la mémoire de la Shoah, a décerné à Jean et Marcelle Pierre le titre de Justes parmi les Nations.

Jacques et Pierre Caen, personnes sauvées, le 25 août 1944

