Les Justes
Marcel Pourchier
Année de nomination : 2026Date de naissance : 01/06/1897
Date de décès : 01/09/1944
Profession : Officier d’active
Marguerite Mireille (Palméro) Pourchier
Année de nomination : 2026Date de naissance : 03/10/1912
Date de décès : 08/06/2015
Profession : Femme au foyer
Département : Alpes-Maritimes
Région :
Cérémonies
L'histoire

Israël Weiner et son épouse Clara, née Fuchs, arrivent en France entre 1920 et 1922. Israël est originaire de Pologne et Clara d’Ukraine. Ils s’installent à Strasbourg, où naissent leurs trois enfants. Ils obtiennent tous la nationalité française en 1927.
Lorsque la guerre éclate, la famille quitte Strasbourg pour le sud de la France. Elle s’installe à Nice, où vivent les grands-parents, d’octobre 1940 à septembre 1943.
Sali Weiner, l’un des enfants, qui a entrepris des études de médecine, est mobilisé puis fait prisonnier dans l’Oise. Il parvient à s’évader et rejoint sa famille à Nice en 1941. Son épouse Suzanne vient alors de donner naissance à une petite fille, Michèle. Dénoncés, ils sont avertis par un commissaire de police résistant, qui leur conseille de prendre la fuite.
Ils arrivent alors à Beuil le 13 septembre 1943. Ils sont accueillis à l’Hôtel du Cians, tenu par Sébastien et Isabelle Di Carlo, originaires de Corse. Ils sont immédiatement frappés par le silence qui règne dans la salle du restaurant. La raison en est simple : la plupart des clients sont des réfugiés étrangers qui redoutent que leur accent ne les trahisse. Certains séjournent plusieurs semaines, tandis que d’autres ne sont que de passage avant de tenter de rejoindre l’Italie par les cols alpins ou d’être placés dans des familles de Beuil.
L’hôtel est adossé à une colline dominant une petite route en lacets. Les époux Di Carlo y accueillent de nombreux réfugiés, notamment des Juifs traqués, promis à une mort certaine s’ils étaient arrêtés. Ils leur réservent les chambres situées au premier étage, à l’arrière du bâtiment, car il suffit d’enjamber une fenêtre pour se retrouver à l’extérieur. En cas d’alerte, il est alors possible de traverser une petite cour et de gagner rapidement le pré situé en face, qui mène directement à la forêt. Sébastien Di Carlo a également aménagé une cache au-dessus de la cave à charbon, accessible depuis le couloir, où les réfugiés peuvent se dissimuler lorsqu’il est impossible de s’enfuir par les fenêtres. Ses fils, Robert et Charles, âgés de 11 et 12 ans, jouent le rôle de guetteurs. Ils surveillent la route, car des véhicules de la Gestapo s’y aventurent parfois.
Après quelques semaines passées à l’hôtel, la famille Weiner s’installe dans un petit appartement au Castel, chez le commandant Marcel Pourchier et son épouse Marguerite, qui ont été reconnus Justes parmi les Nations en 2026.Ils logeaient dans un petit deux pièces dont la fenêtre de la cuisine leur permettait de surveiller la circulation de la route qui montait à Beuil. Marcel avait rejoint très tôt la Résistance. Il était adjoint du Colonel Journois, chef de l’organisation de Résistance de l’Armée. Il est arrêté sur dénonciation en janvier 1944 à Nice. Il est alors déporté au camp de Schimmeek puis exécuté au cap du Struthof dans la nuit le 1 septembre 1944. Son épouse Marguerite retranchée à Beuil en raison de l’engagement de son mari, continua à veiller sur les réfugiés.
Le docteur Sali Weiner revient régulièrement à l’Hôtel du Cians avec sa fille Michèle. Il y soigne parfois des réfugiés et retrouve surtout Sébastien Di Carlo, avec lequel il s’est lié d’une profonde amitié. Il profite de ces visites pour recueillir les dernières informations diffusées par Radio Londres. Les deux hommes échangent longuement sur les actions de la Résistance et sur l’aide apportée aux réfugiés. Sali repart toujours les bras chargés de provisions.
Des années plus tard, Sali confiera à sa fille : « Sébastien était un homme courageux, bienveillant, d’une très grande générosité. La bonté se lisait au fond de ses yeux, tout comme dans ceux de son épouse Isabelle. »
En janvier 1944, Sébastien Di Carlo met le premier étage de son hôtel à la disposition du capitaine François, chef du maquis de Beuil, qui y établit son quartier général pendant trois mois. Les familles juives sont alors logées aux étages supérieurs.
Le 22 juillet 1944, craignant l’arrivée des troupes allemandes, les habitants de Beuil se réfugient dans les granges d’Ars, situées plus haut dans la montagne. Les Weiner s’y retrouvent une nouvelle fois aux côtés des Di Carlo, ainsi qu’avec une vingtaine d’autres personnes. Sébastien et Isabelle prennent alors la tête de l’organisation matérielle. Ils préparent les repas pour tous sur un feu allumé entre des pierres, à l’aide d’une immense marmite qu’ils ont fait transporter depuis leur hôtel, avec plusieurs kilos de pommes de terre et d’autres légumes, à dos d’âne.
En 2026, Yad Vashem, Institut international pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Sébastien et Isabelle Di Carlo ainsi qu’à Marcel et Marguerite Pourchier, le titre de Juste parmi les Nations.

