Dossier n°14647 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Paul Lepage

Année de nomination : 2026
Date de naissance : 30/07/1879
Date de décès : 06/09/1962
Profession : Garçon de recettes

Anne (Meunier) Lepage

Année de nomination : 2026
Date de naissance : 26/07/1886
Date de décès : 16/03/1983
Profession : Sans profession
    Localisation Ville : Villepinte (93420)
    Département : Seine-Saint-Denis
    Région : Ile-de-France

    Cérémonies

      L'histoire

      Anne et Paul Lepage

      Jacob Litchman et son épouse Hana, née Zadjman, tous deux tailleurs et originaires de Lubartów, en Pologne, fuient les pogroms. Jacob arrive à Paris en 1933, Hana en 1936. Leur fils René naît en 1937 et le couple se marie civilement en 1938. La famille s’installe dans le IIIᵉ arrondissement de Paris.

      Afin d’obtenir la nationalité française, Jacob s’était engagé dans la Légion étrangère. Il meurt pour la France dès 1940, sans avoir obtenu sa naturalisation.

      La nourrice de René est Anne Lepage, que celui-ci appelle affectueusement « Maman Nana ». Après la mort de Jacob, elle accueille René à plein temps dans son foyer du quartier du Vert-Galant, à Villepinte, où il restera jusqu’à la fin de la guerre. Avant son départ au front, Jacob avait demandé à Paul et Anne Lepage de veiller sur son fils s’il venait à lui arriver malheur.

      Pendant toute la guerre, Hana demeure cachée à Paris, dans son immeuble situé au 13, rue Notre-Dame-de-Nazareth, selon les souvenirs de son fils. Elle bénéficie de l’aide d’une voisine prénommée Gaby et de sa fille Lilly. René ne se souvient malheureusement plus de leur nom de famille. Elles lui proposent de se dissimuler dans une petite chambre aménagée sous les combles de l’immeuble. À sa connaissance, sa mère ne reçoit d’autre aide que celle de ses voisins.

      Le frère d’Anne Lepage, Albert Meunier, chauffeur de profession et résistant, est également le parrain de René, comme l’atteste son certificat de baptême. Hana parlant très peu le français et ne s’exprimant qu’en yiddish, Albert l’accompagne régulièrement lors de ses déplacements entre Paris et Villepinte afin qu’elle puisse rendre visite à son fils.

      Après la rafle du Vel’ d’Hiv, ces visites deviennent impossibles. Hana ne peut plus se rendre à Villepinte, ni envoyer de l’argent à René. Celui-ci ignore comment sa mère est parvenue à survivre durant les années d’Occupation.

      N’ayant plus aucune nouvelle d’Hana, Paul et Anne Lepage finissent par la croire décédée. Sans enfant, ils envisagent alors d’adopter René. Dans cette perspective, ils le font baptiser le 30 janvier 1944, comme l’atteste son certificat de baptême. Pour autant, René ne fréquente jamais l’église. Comme beaucoup d’autres enfants juifs cachés à Villepinte, son baptême constitue avant tout une mesure de protection, le prêtre étant parfaitement informé de leur situation. D’après les souvenirs de René, c’est lorsqu’Hana ne peut plus lui rendre visite ni donner de nouvelles qu’Anne Lepage commence à préparer son adoption ainsi que son baptême, bien que les Lepage ne soient pas des catholiques pratiquants.

      Afin de le protéger, Paul et Anne Lepage ne révèlent jamais à René qu’il est juif. À cette époque, toute personne hébergeant un juif devait le déclarer aux autorités. Ces registres facilitaient ensuite le travail des autorités allemandes et de la police française lors des arrestations et des déportations. Ce silence contribuait également à éviter toute dénonciation dans le village.

      Pendant près de cinq années, René vit reclus dans la maison des Lepage. Il les appelle  papa et maman, et grandit entouré d’affection. Anne lui apprend à lire et à écrire, puisqu’il ne fréquente pas l’école. Il joue dans le jardin mais n’a pas le droit de sortir. Toute interaction avec l’extérieur est proscrite pour des raisons de sécurité. Il est considéré comme leur propre enfant.

      La sœur de Paul Lepage, Julia, habite à proximité. Pourtant, René ne la voit jamais pendant la guerre, pour des raisons de sécurité, bien qu’il soit rapporté qu’elle cachait elle aussi des enfants juifs, notamment les deux frères Gilbert et Maurice Krist Peleman, aujourd’hui décédés.

      À la Libération, Hana, qui a perdu toute sa famille en Pologne, vient reprendre son fils. C’est alors qu’elle lui révèle ses origines et sa confession juive.

      La famille Bondar, originaire de Meskifka, en Russie (actuelle Ukraine), arrive à Paris en 1910 et s’installe dans le XIᵉ arrondissement. Séparée de son époux, Berthe Bondar s’installe en 1936 dans le XVIIIᵉ arrondissement avec ses deux filles adultes, Germaine et Eva.

      Germaine donne naissance à deux enfants, Henri en 1936 puis Léone en 1939, tous deux non reconnus par leur père.

      Le 16 juillet 1942, Germaine est arrêtée, internée à Drancy puis déportée à Auschwitz par le convoi n° 30 du 9 septembre 1942, d’où elle ne reviendra pas.

      Henri est alors confié à la famille Dumont, à Villepinte, et est même scolarisé sous le nom d’Henri Bandar. Toutefois, au cours de l’année, il revient vivre auprès de sa grand-mère Berthe et de sa sœur Léone.

      En janvier 1944, Léone, âgée de quatre ans, est à son tour confiée à Paul et Anne Lepage, qui l’accueillent jusqu’au 17 janvier 1945. Entre-temps, sa grand-mère, son frère, son oncle et sa tante sont arrêtés, internés à Drancy puis déportés par le convoi n° 68, dont aucun ne reviendra. Léone se souvient que deux autres enfants étaient également cachés chez les Lepage, dont René.

       

      En 2026, Yad Vashem, Institut International pour la Mémoire de la Shoah a décerné à Paul et Anne Lepage le titre de Justes parmi les Nations.

       




      Mis à jour il y a 13 heures.