Dossier n°14666 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Maria (Jurcovich) Svoboda

Année de nomination : 2026
Date de naissance : 29/07/1903
Date de décès : 13/02/1991
Profession :
    Localisation Ville : Paris (75018)
    Département : Paris
    Région : Ile-de-France

    Lieu de mémoire

    Cérémonies

      L'histoire

      Maria Svoboda en 1937

      Avant la guerre, les familles Gottlieb et Neiman vivent au 38 rue Ramey, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris. Dans le même immeuble habitent Maria Svoboda, née Jurcovich à Pula, en Istrie, et son mari Joseph Svoboda. Maria possède alors une carte d’identité italienne.

      Ervin Gottlieb, originaire de Roumanie, est peintre en bâtiment. Son épouse, Regina, née en Hongrie, est couturière. Le couple se marie à Paris en 1930 et s’installe rue Ramey en 1938. Ils ont deux enfants : Marcel, né en 1934, futur dessinateur connu sous le nom de Gotlib, et Liliane, née en 1940.

      Lorsque la guerre éclate, Ervin Gottlieb s’engage volontairement dans l’armée française. Après l’armistice, il revient à Paris. Le 24 septembre 1942, il est arrêté par la police française au moment où il part travailler. Interné à Drancy, il est déporté par le convoi n°37. Il ne reviendra pas de déportation. Regina reste alors seule avec Marcel et Liliane.

      La famille Neiman habite elle aussi au 38 rue Ramey. Ghers Neiman, dit Georges, est originaire de Moldavie et arrive en France avec sa famille en 1923. Son épouse, Chiffra Segal, dite Sarah, est née à Ankara et arrive en France enfant. Ils se marient à Paris en 1929 et ont deux filles : Huguette, née en 1933, et Monique, née en 1939. La mère de Chiffra, Mantcha, vit également avec elles.

      Ghers Neiman s’engage lui aussi au début de la guerre. Fait prisonnier, il est libéré en 1942 et revient à Paris. Le 16 novembre 1943, lors d’un séjour à Aix-les-Bains, il est arrêté, interné à Drancy puis déporté par le convoi n°62 à Auschwitz, dont il ne reviendra pas.

      Le sauvetage par Maria Svoboda intervient avant cette arrestation, lors d’une rafle de janvier 1943. Les familles juives de l’immeuble sont prévenues de l’arrivée de policiers français venus arrêter les Juifs recensés. Regina Gottlieb, ses enfants Marcel et Liliane, ainsi que Chiffra Neiman, ses filles Huguette et Monique, et la grand-mère Mantcha, se réfugient alors chez Maria Svoboda.

      Lorsque les policiers frappent à sa porte, Maria Svoboda garde son sang-froid. Elle présente sa carte d’identité italienne et proteste avec colère contre cette intrusion nocturne, affirmant qu’on vient la déranger chez elle à cause de ses origines. Les policiers repartent sans entrer dans l’appartement. Ils posent des scellés sur la porte des Gottlieb, mais ne découvrent pas les familles cachées chez Maria.

      Maria Svoboda garde les fugitifs chez elle toute la nuit. Par son intervention, sept personnes échappent à l’arrestation et à la déportation.

      Dès le lendemain, Regina Gottlieb cherche une cache plus durable pour ses enfants. Marcel et Liliane sont d’abord confiés à un centre d’accueil pour orphelins juifs situé rue Lamarck, à Montmartre. Leur mère revient les chercher peu après et les emmène à Vigneux-sur-Seine, chez M. et Mme Loing, où ils restent quelques mois. Lorsque cette cache ne paraît plus assez sûre, Regina trouve, par l’intermédiaire d’une mère supérieure d’un couvent parisien, une nouvelle famille d’accueil : Jeanne et Albert Lefèvre, installés à Rueil-la-Gadelière, en Eure-et-Loir. Les enfants y restent cachés jusqu’à la fin de la guerre. Regina les retrouve à l’été 1944.

      De leur côté, Chiffra Neiman, ses filles Huguette et Monique, ainsi que la grand-mère Mantcha, quittent Paris pour se cacher à La Guéroulde, dans l’Eure. Une adresse leur a été indiquée. Elles sont hébergées pendant deux ans chez M. et Mme Bindel, dans une grange, moyennant le paiement d’un loyer. À La Guéroulde, Chiffra Neiman prend contact avec le maire, Pierre Prod’homme, connu pour aider des familles juives. Celui-ci leur fournit des tickets d’alimentation et intervient auprès des Bindel pour empêcher toute dénonciation.

      Après la guerre, les Gottlieb reviennent au 38 rue Ramey et retrouvent leur appartement pillé. Regina Gottlieb demeure encore plusieurs années rue Ramey. Maria Svoboda meurt en février 1991 ; elle est inhumée à Bonneuil-sur-Marne.

      En ouvrant sa porte au moment de la rafle et en tenant tête aux policiers, Maria Svoboda a sauvé sept personnes menacées d’arrestation et de déportation : Regina Gottlieb, Marcel Gotlib, Liliane Gottlieb, Chiffra Neiman, Huguette Neiman, Monique Neiman et Mantcha.

      En 2026, Yad Vashem, Institut international pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à  Maria Svoboda, le titre de Juste parmi les Nations.

       

      Famille Neiman




      Mis à jour il y a 1 jour.