Dossier n°2698C - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Elie Brée

Année de nomination : 1984
Date de naissance : 06/11/1916
Date de décès : 12/04/2001
Profession : Pasteur de l’eglise réformée
    Localisation Ville : Caveirac (30820)
    Département : Gard
    Région : Occitanie

    L'histoire

     

    Élie Brée, qui rêvait dans sa jeunesse de devenir explorateur, entreprit des études de théologie à Strasbourg entre 1935 et 1938. À l’issue de sa formation, il s’installa, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, comme pasteur dans la commune de Caveirac, dans le Gard, village de la plaine de la Vaunage situé à une dizaine de kilomètres de Nîmes. Il épousa Alice Otge en 1941, en pleine période d’Occupation.

    Très engagé dans le scoutisme, il y cultivait l’esprit de solidarité, la générosité et le service du prochain. Après la défaite française de juin 1940 et l’instauration du régime de Vichy dirigé par le maréchal Pétain (1940-1944), il s’impliqua activement dans l’aide aux personnes persécutées. Grâce à son action et à celle des protestants du Plateau cévenol, territoire marqué par une forte tradition de résistance depuis les guerres des Camisards (début du XVIIIᵉ siècle), de nombreux réfugiés fuyant les persécutions — notamment des Juifs menacés par les lois antisémites d’octobre 1940 et juin 1941 — purent trouver refuge.

    Il exhortait ses paroissiens à secourir les personnes en détresse et à les dissimuler aux autorités. Face à la montée du nazisme en Europe depuis 1933 et à la collaboration du régime de Vichy avec l’Allemagne nazie, il rédigea, avec un petit groupe de protestants résistants, un texte appelant les fidèles à agir concrètement en cachant volontairement des Juifs en danger de mort. Il recherchait des familles paysannes acceptant d’héberger des personnes traquées. La population gardoise, attachée à une forte identité protestante et à un profond sens de la justice, manifestait majoritairement une hostilité au régime de Vichy et à l’occupation allemande. Cette disposition facilitait la mobilisation de familles cévenoles prêtes à accueillir des Juifs menacés de déportation vers les camps d’extermination, notamment après les grandes rafles de 1942.

    Nommé aumônier au camp d’internement de Langlade, qui accueillait plus de 200 personnes dont environ 80 Juifs, il apporta dès 1940, avec l’appui du maire, une aide matérielle et morale aux étrangers internés, et parvint même à en faire libérer certains. Contrairement aux camps de concentration nazis, le camp de Langlade n’était pas clôturé ; les internés travaillaient pour les habitants de la région dans divers secteurs d’activité. Ces hommes, âgés de 16 à 55 ans, étaient parfois rejoints par leurs familles et vivaient dans des conditions précaires, logés dans des écuries ou des maisons abandonnées de la commune.

    Se servant d’un tampon officiel du commissariat central de Lyon, et avec l’aide d’un notaire de Clarensac, il fabriquait de fausses cartes d’identité afin de sauver des personnes menacées. Assisté d’autres pasteurs comme Edmond Peloux et Roland Pollex, qui condamnaient eux aussi fermement l’antisémitisme, il prit en charge les deux enfants de la famille Zerner, Martin et Henri, Juifs originaires d’Autriche annexée par l’Allemagne nazie en 1938 (Anschluss). Il leur trouva des familles d’accueil qui les protégèrent de décembre 1942 jusqu’à la Libération en 1944. Il poursuivit son action de sauvetage jusqu’à la fin de l’Occupation, contribuant ainsi à sauver de nombreuses vies au péril de la sienne.

    Le 5 janvier 1984, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah, a décerné au pasteur Elie Brée, le titre de Juste parmi les Nations.




    Mis à jour il y a 6 jours.