Dossier n°3218 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Albonéa (Balboni) Cyferman

Année de nomination : 1985
Date de naissance : 18/01/1914
Date de décès : 21/08/2004
Profession : Employée
    Localisation Ville : Paris (75004)
    Département : Paris
    Région : Ile-de-France

    Lieu de mémoire

    L'histoire

     

    Albonéa Loeffert, une veuve d’origine italienne, vivait à Paris. Pendant la guerre, elle travaillait chez Charles Cyferman, un Juif polonais, artisan-entrepreneur qui élevait seul ses deux jeunes enfants : Baruch, né en 1931, et Louise, née en 1937. La famille habitait au 13, rue de Sévigné, dans le IVe arrondissement de Paris.

    En 1939, Charles Cyferman s’engagea dans l’armée française. Avant de partir pour le front, il confia ses enfants à Albonéa Loeffert. Dès lors, celle-ci devint pour Baruch et Louise une véritable figure maternelle et protectrice. Après l’armistice de juin 1940, Charles fut démobilisé et regagna son domicile parisien.

    Lorsque les rafles s’intensifièrent et que la situation devint extrêmement dangereuse pour les Juifs à Paris, Albonéa aida Charles à franchir la ligne de démarcation près de Bourges, mettant ainsi sa propre vie en danger. Il parvint à rejoindre Issoudun dans le département de l’Indre, où il vécut pendant environ un mois. Mais, en novembre 1942, les Allemands envahirent la zone libre lors de l’ « opération Anton » et entrèrent à Issoudun. Se sentant pris au piège, Charles prit alors le risque immense de regagner clandestinement Paris.

    Durant les années les plus sombres de l’Occupation, malgré le retour clandestin de leur père dans la capitale sous une fausse identité, Albonéa continua de veiller quotidiennement sur les deux enfants, les cachant, les nourrissant et les protégeant au péril de sa propre vie.

    Elle vint également en aide à Charles en se rendant à Lyon, où elle réussit à lui procurer de faux papiers ainsi qu’une carte d’alimentation. Charles regagna alors son appartement. Chaque fois que quelqu’un sonnait à la porte, il se réfugiait dans une cachette exiguë qu’il y avait aménagée. Albonéa continua de prendre soin de lui et de ses enfants jusqu’à la fin de la guerre.

    Elle vivait auprès de la famille Cyferman tout en ayant également la charge de sa propre mère et de sa fille. Sa situation familiale était elle-même particulièrement douloureuse : son père et ses deux frères avaient été internés dans des camps de concentration en raison de leur opposition au nazisme.

    En portant secours à la famille Cyferman, Albonéa prenait des risques considérables. Un épisode survenu en 1941 en témoigne particulièrement. Cette année-là, à Paris, le jeune Baruch Cyferman, alors âgé de dix ans seulement, fut arrêté et incarcéré en raison de ses origines juives. Dès qu’elle apprit son arrestation, Albonéa se rendit à la prison.

    Dotée d’une forte personnalité et d’une détermination remarquable, elle affronta les autorités pénitentiaires et fit valoir avec fermeté sa nationalité italienne. L’Italie étant alors alliée à l’Allemagne, elle sut tirer parti de cette situation pour exercer une pression sur les responsables de la prison. Grâce à son insistance et à son courage, elle réussit à obtenir la libération immédiate du jeune Baruch et à le faire sortir de détention.

    L’aide d’Albonéa ne se limita pas uniquement à la famille Cyferman. Pendant l’Occupation, elle étendit son action de résistance et de sauvetage à d’autres personnes persécutées.

     

    Après la Libération, Charles Cyferman et Albonéa Loeffert se marièrent.

     

    Le 4 juin 1985, Yad Vashem, Institut International pour la Mémoire de la Shoah a décerné à Albonéa Loeffert-Cyferman le titre de Juste parmi les Nations.




    Mis à jour il y a 2 semaines.