Les Justes
Lucie (Sabatier) Chevalley
Année de nomination : 1993Date de naissance : 21/07/1882
Date de décès : 01/10/1979
Profession : Dirigeante du SSAE (Service Social d’Aide aux Emigrants)
Département : Paris
Région : Ile-de-France
Lieu de mémoire
Cérémonies
L'histoire

Lucie Chevalley
Née en 1882, Lucie Chevalley-Sabatier consacra toute sa vie à l’action humanitaire.
Fille du pasteur Auguste Sabatier, doyen de la Faculté de théologie de Paris, elle suivit de brillantes études de droit et fut l’une des premières femmes françaises à obtenir un doctorat dans cette discipline. À l’âge de 18 ans, elle épousa au Caire Élie Chevalley, professeur de droit en Égypte, puis au Liban. En 1918, celui-ci fut chargé de rouvrir les écoles chrétiennes, fermées durant la Première Guerre mondiale. C’est dans ce contexte que Lucie fut confrontée à la détresse des populations déplacées, notamment des Arméniens, et qu’elle prit en charge la distribution des secours envoyés depuis la France.
De retour en France en 1920, elle fut sollicitée par les délégués américains de la YMCA pour rejoindre le premier comité de la section française du Service social d’aide aux émigrants (SSAE). À partir de 1937, cette organisation porta également assistance à de nombreuses familles juives.
Installé à Paris, le SSAE intervenait de manière officielle auprès des travailleurs immigrés en difficulté, en leur apportant une aide administrative, juridique, psychologique et matérielle. Son financement provenait principalement de dons de généreux bienfaiteurs. Lucie Chevalley-Sabatier utilisa cependant le SSAE comme couverture pour soutenir une organisation clandestine : l’Entraide Temporaire.
Fondée en 1941, cette organisation multiconfessionnelle, qu’elle dirigeait, bénéficiait elle aussi de contributions privées. Elle travailla en étroite collaboration avec La Clairière, centre social protestant rattaché au Temple de l’Oratoire du Louvre et animé par le pasteur Vergara, son épouse ainsi que Marcelle Guillemot. Avec l’aide de nombreux paroissiens, notamment des « promeneuses » chargées d’accompagner discrètement les enfants, ils sauvèrent en particulier 63 enfants en février 1943.
À partir de l’été 1942, l’Entraide Temporaire fonctionna jour et nuit pour prendre en charge près de 500 enfants juifs. Tous survécurent. Les opérations indispensables à leur sauvetage — transfert de fonds, transmission des adresses des refuges, fourniture de faux papiers et dissimulation de leur véritable identité dans des familles d’accueil françaises — étaient menées dans la plus stricte clandestinité.
Dès 1941, Lucie Chevalley-Sabatier travailla également en étroite collaboration avec la « Rue Amelot », organisation juive parisienne qui apportait une aide financière, des faux papiers et des refuges aux personnes persécutées. Dirigée par David Rapoport, cette organisation était financée par des fonds collectés en zone libre. Lucie Chevalley-Sabatier rencontrait régulièrement David Rapoport et assurait la liaison entre la zone libre et la zone occupée, transportant argent et informations. Elle mettait à profit ses fonctions de directrice du SSAE pour justifier ses déplacements. David Rapoport fut finalement arrêté, déporté vers l’Est et assassiné.
Le 7 novembre 1993, Yad Vashem, Institut International pour la Mémoire de la Shoah, décerna à Lucie Chevalley-Sabatier le titre de Juste parmi les Nations.
Documents annexes
| Discours de Florence Taubmann à la cérémonie du dimanche 19/07/2009 |

