Dossier n°6091 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Odette Bergoffen Blanchet

Année de nomination : 1994
Date de naissance : 19/10/1924
Date de décés : //
Profession :

    Localisation Ville : Vernoil (49390)
    Département : Maine-et-Loire
    Région : Pays-de-la-Loire

    L'histoire

    Le docteur Ephraïm Moscovici, un Juif originaire de Roumanie, était venu s’établir dans un petit village de 1000 habitants, à Vernoil (Maine et Loire) avec son épouse dans le courant des années trente. En été 1942, ses frères et le frère de sa femme, fuyant Paris se réfugient chez lui. Aucun d’eux n’avait la nationalité française.  Vont naître 2 enfants Jean-Claude en 1936 et Liliane en 1940.

    A l’aube du 16 juillet 1942, des gendarmes français viennent arrêter le médecin et ses deux frères, Léon et Lazare dans le cadre d’une grande rafle.

    Ce matin-là, 824 Juifs furent arrêtés dans la région et envoyés à Angers, puis déportés à Auschwitz. Six semaines plus tard, lors d’une seconde rafle début septembre 1942, les Allemands accompagnés de gendarmes français reviennent chez les Moscovici chercher les autres membres de la famille dont Mme Moscovici et son frère Michel Schwartz. Au dernier moment, Mme Moscovici réussit à mettre ses deux enfants, âgés de deux et six ans, en sûreté chez des voisins ; elle-même parvient à prendre la fuite en trompant la vigilance des gendarmes.

    Odette Bergoffen, une énergique jeune fille de Vernoil qui a alors dix-huit ans, vient à son secours. Le lendemain de l’arrestation, elle vient la chercher de nuit et les deux femmes partent à bicyclette vers une gare voisine. De-là, par le train, gagnent Tours (Indre et Loire), à une centaine de kilomètres à l’est de Vernoil. Odette ne voulait pas aller chez ses parents de peur qu’on les trouve. Le plan était donc de laisser la fugitive chez une connaissance qui lui donnerait asile. Malheureusement cette personne venait elle aussi d’être arrêtée.

    Madame Moscovici souhaitait dans un premier temps gagner la zone libre puis trouver un moyen pour que ses deux enfants la rejoignent grâce à la Croix Rouge.

    Odette la conduit aussitôt chez sa tante, qui habite aux environs de Tours. Puis elle contacte Jean Meunier, voisin de ses parents, qui est un des chefs de la Résistance, qui a à Angers une imprimerie « recyclée » dans l’impression de fausses pièces d’identité. Il fabriquait aussi les journaux pour le groupe LIBERATION-NORD. Il sera nommé Juste parmi les Nations en 1994.

    Il fournit à la fugitive des papiers au nom de Madame Moreau pour lui permettre de passer en zone sud. Environ deux mois plus tard, le 9 octobre 1942, les petits Moscovici, qui vivaient toujours chez les voisins, sont arrêtés et internés dans une prison d’Angers puis envoyés au camp de Drancy. Par miracle, un de leur oncle est toujours à Drancy et arrive à les faire libérés et les envoyer à l’OSE (Œuvre du secours aux enfants) . Ils sont sortis du camp avec condition d’être toujours à la disposition des Allemands.

    Madame Moscovici demande à Odette de tout faire pour que ces enfants puissent partir s’installer à la campagne.

    Odette Bergoffen vient encore une fois à la rescousse. Elle était en contact avec Jean Meunier et conservait tous les cachets et tampons. Elle était la dépositaire de documents compromettants. Elle kidnappe littéralement les petits et les conduit en lieu sûr à Tours, les sauvant ainsi de la déportation et probablement de la mort.  Jean Meunier leur trouve un passeur qui les conduit en zone libre et Madame Moscovici retrouve donc ses enfants. Il leur fournit aussi de vrais faux papiers. Pendant les derniers mois de l’Occupation, pendant 18 mois exactement, Odette vit avec les trois Moscovici chez son oncle et sa tante au village de Morannes. Sa tante tenait une épicerie donc les enfants n’étaient privés de rien. Les Allemands ne les ont jamais retrouvés. La famille rentre à Vernoil en mars 1945.

    Le 10 mai 1994, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah, a décerné à Odette Bergoffen le titre de Juste parmi les Nations.

    Les médias externes :







    Mis à jour il y a 2 mois.