Les Justes
Andrée (Déré) Chéramy
Année de nomination : 1995Date de naissance : 06/09/1909
Date de décès : 05/03/1998
Profession : Mécanicienne, Mère d’un enfant
Marie-Louise (Guy) Déré
Année de nomination : 1995Date de naissance : //
Date de décès : //
Profession : Femme de ménage
Département :
Région :
Personnes sauvées
Lieu porteur de mémoire
Cérémonies
L'histoire
Jusqu’à la grande rafle du Vel d’Hiv et l’arrestation de milliers de Juifs à Paris, le 16 juillet 1942, la famille Rydelnick vit au 128, rue d’Aboukir, dans le IIᵉ arrondissement de Paris. Elle se compose du père, tailleur né en Pologne, de son épouse française, de leur fille Ginette, née en 1928, et de leur fils Albert, né en 1934. Avertis de l’imminence possible d’une rafle, les parents ont préparé les valises et toute la famille attend durant la nuit.
Au petit matin, lorsque les policiers frappent à la porte de leur appartement, tous dorment profondément et n’entendent pas les coups. Les policiers repartent. Le hasard vient de sauver la famille.
Leur voisine d’en face, Andrée Chéramy, qui habite au 135, rue d’Aboukir, a cependant assisté à la scène. Elle décide de leur venir en aide en leur offrant l’hospitalité dans son modeste appartement, car des scellés ont été apposés sur la porte du logement des Rydelnick. Andrée y vit seule car son mari est prisonnier de guerre en Allemagne et son fils, âgé de cinq ans, séjourne chez sa grand-mère, Marie-Louise Déré, mère d’Andrée, au Lude, petite localité de la Sarthe.
Dans la nuit, les scellés de l’appartement des Rydelnick sont brisés afin de leur permettre de récupérer quelques affaires ainsi que le matériel et les travaux de confection du père, qui peut ainsi continuer à exercer quelque peu son métier. La famille reste cachée chez Andrée pendant environ un mois. Les parents dorment dans son grand lit et les enfants dans celui de son fils.
Un jour d’automne, Andrée remarque des soldats allemands postés devant l’appartement des Rydelnick. Ils attendent manifestement le retour des enfants après la classe. Elle se précipite alors à l’école et, avec l’autorisation du directeur, en retire Ginette et Albert. Sans attendre, elle prend avec eux le train à la gare Montparnasse et les conduit chez sa mère, Marie-Louise Déré, au Lude.
Les deux enfants y restent d’octobre 1942 jusqu’à la Libération. Ginette, âgée de quatorze ans, fréquente l’école Sainte-Anne sous le nom de Déré. Albert, qui a huit ans, abandonne temporairement le nom de Rydelnick pour celui de Rydel, jugé plus « français ». Marie-Louise Déré, femme modeste qui gagne sa vie en faisant des ménages, prend soin des deux enfants avec dévouement et beaucoup d’affection.
Au Lude, sur la route de La Flèche, se trouve une ancienne laiterie située en contrebas. Les Allemands en ont chassé les occupants et y ont installé un camp où sont détenus des prisonniers russes, parmi lesquels se trouvent des hommes, des enfants et même des femmes enceintes. Marie-Louise Déré et Ginette tentent de leur venir en aide. Munies d’une petite charrette, elles s’approchent du camp pour leur apporter du pain et des cigarettes. Arrivées à sa hauteur, elles lancent le ravitaillement aux prisonniers.
Le Lude est régulièrement bombardé par les Alliés, car les Allemands y ont installé deux importants dépôts de munitions. Un jour, des résistants tentent de faire sauter un train de munitions qui passe aux abords de la ville. L’explosion survient alors que les enfants jouent dans la cour de l’école, située près de la gare. Ils reçoivent immédiatement l’ordre de se coucher au sol. Au milieu de la panique, Marie-Louise arrive en courant, inquiète pour Albert.
Marie-Louise sait également que l’une de ses voisines cache un jeune garçon juif. Elle s’occupe parfois de lui et lui apporte des bonbons.
Pendant ce temps, les parents Rydelnick restent à Paris, où ils passent la guerre dans différentes cachettes. Madame Rydelnick est cependant arrêtée et internée à Drancy. Elle est libérée huit jours plus tard en raison de sa nationalité française.
La famille Rydelnick survit à la guerre. Ginette et Albert restent pendant de longues années en contact avec les deux femmes qui les ont sauvés, et ce même après la disparition de leurs parents.
Andrée Chéramy vient également en aide à une autre famille juive qui habite au 130, rue d’Aboukir. Recherchés par les Allemands et vivant dans la terreur d’être arrêtés, les membres de cette famille doivent quitter Paris. Profitant d’une forte averse, Andrée les conduit discrètement, un par un, jusqu’au métro, afin de rejoindre la gare Montparnasse. Elle les accompagne ensuite au Lude et, malgré les nombreuses difficultés rencontrées au cours du voyage, ne les abandonne pas. La famille y reste une quinzaine de jours, le temps de trouver une filière permettant à ses membres de passer en zone libre.
Le 13 juin 1995, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah décerne à Andrée Chéramy et à sa mère, Marie-Louise Déré, le titre de Juste parmi les Nations.

