Dossier n°6956 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages.Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Abel Thibout

Année de nomination : 1996
Date de naissance : 10/02/1892
Date de décès : 23/04/1983
Profession : Retraité de la SNCF

Marthe Thibout

Année de nomination : 1996
Date de naissance : 12/05/1930
Date de décès : //
Profession : 13 ans

Mélanie Thibout

Année de nomination : 1996
Date de naissance : 30/10/1896
Date de décès : 28/10/1975
Profession :
    Localisation Ville : Paris (75011)
    Département : Paris
    Région : Ile-de-France

    Lieu de mémoire

    L'histoire

     

    Szmul Finkielsztajn, son épouse Bella, tous deux réfugiés de Pologne, ainsi que leurs deux fils, Loulou, âgé de 3 ans, et Jojo, âgé de 2 ans, nés à Paris, vivent au 23, rue Voltaire, dans le XI arrondissement de Paris. Szmul ne dispose alors que d’un modeste atelier de couture. Apatrides, Szmul et Bella sont particulièrement exposés aux rafles visant les Juifs étrangers, qui se multiplient à partir de 1941.

    Tous deux ont très tôt adhéré à des mouvements révolutionnaires en Pologne, engagement qui leur vaut de lourdes peines de prison : sept ans pour Szmul et trois ans pour Bella. Bella émigre en France en 1934, suivie de Szmul en 1936. Bien qu’installés en France, ils demeurent en situation irrégulière pendant toute la guerre.

    Abel Thibout, retraité de la SNCF et profondément animé par sa foi chrétienne, réside également dans le XIᵉ arrondissement de Paris, non loin du domicile de sa belle-sœur, Mélanie Thibout, au 58, avenue Philippe-Auguste. Le quartier est régulièrement ratissé par la police à la recherche de Juifs.

    Au printemps 1942, Abel Thibout recueille la famille Finkielsztajn. Ancien cheminot, chargé des « trains perdus » à la SNCF, il possède un Ausweis permanent lui permettant de circuler et de franchir la ligne de démarcation vers la zone Sud.

    Toute la famille Thibout se mobilise pour sauver les Finkielsztajn. Marthe, la fille de Mélanie, âgée de seulement 13 ans, joue un rôle essentiel. Elle fait le guet dans l’avenue Philippe-Auguste, surveille les mouvements de la police et observe les entrées du métro afin de repérer d’éventuels contrôles. À plusieurs reprises, elle donne l’alerte à temps. Craignant d’être arrêtée, Bella n’ose plus sortir faire les courses ; Marthe et sa mère assurent alors le ravitaillement de la famille cachée.

    Lors des rafles, des tanks et des camions barrent les rues du quartier, de la rue de Montreuil jusqu’au boulevard de Charonne.

    Par mesure de sécurité, Bella et ses deux enfants sont ensuite cachés chez Mélanie Thibout. Marthe se souviendra plus tard : « Vous étiez des Juifs polonais très pauvres. Jojo dormait dans une caisse à oranges. Vous ne parliez pas français. »

    Abel Thibout organise rapidement le passage en zone Sud des deux enfants, qu’il accompagne lui-même en train jusqu’à Lyon. En 1943, il fait ensuite passer leur mère. Afin de réduire les risques de contrôle, il sollicite l’aide de résistants de la SNCF. Bella rejoint ainsi Lyon vêtue d’un bleu d’ouvrier, après avoir voyagé dans la cabine de chauffe de la locomotive. La famille transite ensuite par Lyon, Grenoble et Voiron avant d’être conduite en Suisse, en 1944-1945, vraisemblablement par des membres du réseau de Marianne Cohn et probablement sous les noms de Lulu et Shosho Ack.

    Quant à Szmul, il demeure caché chez les Thibout jusqu’à la Libération. Pendant toute cette période, Mélanie Thibout accueille également d’autres Juifs menacés, notamment lors des périodes de rafles que Marthe parvient souvent à anticiper grâce à sa vigilance et à son observation des mouvements de la police.

    Le 18 avril 1996, Yad Vashem, Institut international pour la mémoire de la Shoah, décerne à Abel Thibout, à sa belle-sœur Mélanie Thibout et sa fille Marthe le titre de Justes parmi les Nations.




    Mis à jour il y a 6 jours.