Les Justes
Simone Bourgeois
Année de nomination : 2001Date de naissance : 03/02/1919
Date de décès : 04/03/2008
Profession : Serveuse
Département : Paris
Région : Ile-de-France
Lieu de mémoire
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Lieu porteur de mémoire
L'histoire

Simone Bourgeois lors de la cérémonie de remise de médaille et de diplôme de Juste parmi les Nations
Simone Albert, âgée de 21 ans, travaillait comme serveuse au « Champollion », un restaurant situé au 3, rue Champollion, dans le Ve arrondissement de Paris. Cet établissement du Quartier latin était tenu par un couple de Juifs polonais vivant maritalement, Willy Temko et Fajga Zylberman. Ils habitaient à proximité, dans un petit logement situé au 7, rue Champollion, tandis que Simone résidait au 68, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, également dans le Ve arrondissement.
Fajga avait un fils, Adolphe, né en 1932, qui fréquentait une école située rue Cujas. En raison de son travail très prenant, elle le confiait souvent, notamment pendant les vacances scolaires, à deux sœurs âgées qui vivaient à Morsang-sur-Orge, dans l’Essonne.
En 1941, Willy Temko fut arrêté et interné. À la suite de l’aryanisation des biens juifs, le restaurant fut placé sous l’autorité d’un administrateur provisoire, Joseph Laporte, nommé par le Commissariat général aux questions juives. Celui-ci désigna Simone Albert comme gérante de l’établissement, tandis que Fajga Zylberman continua d’y travailler comme cuisinière.
En réalité, les deux femmes étaient liées par une profonde amitié et Simone permit à Fajga de continuer à gérer elle-même son restaurant. Lorsque le service se terminait tard, Simone dormait d’ailleurs souvent chez elle.
Le 16 juillet 1942, au petit matin, lors de la rafle du Vél’ d’Hiv, des policiers français vinrent arrêter Fajga, Simone était présente. Elle fut ensuite internée à Drancy, puis déportée à Auschwitz. Adolphe se trouvait alors chez les deux sœurs qui le gardaient pendant les vacances. Les policiers n’insistèrent pas pour qu’il parte avec sa mère. Avant d’être emmenée, Fajga avait supplié Simone de prendre soin de son fils.
Simone alla donc chercher Adolphe et l’installa chez elle, tout en continuant à travailler au restaurant. Mais, en décembre 1942, l’administrateur provisoire la congédia, l’accusant de complicité avec son ancienne patronne. Dans une lettre de dénonciation adressée au Commissariat général aux questions juives, il lui reprochait d’avoir envoyé des colis et de l’argent à Fajga, ainsi que de lui avoir rendu visite pendant son internement à Drancy. Il la soupçonnait également de lui servir de prête-nom dans le cadre de démarches visant au rachat du restaurant.
En 1943, par prudence et afin de protéger Adolphe, auquel elle était désormais très attachée, Simone le confia à une famille de cultivateurs près de Compiègne. Jusqu’à la fin de la guerre, elle finança son placement et veilla sur lui.
À la Libération, craignant que ses parents ne reviennent pas de déportation, Simone était décidée à adopter officiellement Adolphe. Mais, en mai 1945, Fajga Zylberman revint miraculeusement d’Auschwitz. Willy Temko revint lui aussi de déportation, et l’enfant put ainsi retrouver sa famille.
Par la suite, Simone se maria et eut deux filles, mais elle considéra toujours Adolphe comme son propre fils.
Le 18 décembre 2001, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah – décerna à Simone Bourgeois-Albert le titre de Juste parmi les Nations.

