Dossier n°9783 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Albert Gendron

Année de nomination : 2002
Date de naissance : 14/05/1911
Date de décés : //
Profession : Ouvrier agricole

Marie-Louise Gendron Porteboeuf

Année de nomination : 2002
Date de naissance : 03/03/1906
Date de décés : 15/04/2003
Profession : Ouvrière dans une laiterie

Localisation Ville : Requeil lieu dit : La Courant (72510)
DĂ©partement : Sarthe
RĂ©gion : Pays-de-la-Loire

L'histoire

Albert Gendron était ouvrier agricole et sa femme Marie-Louise travaillait dans une laiterie pour arrondir les fins de mois. Ils résidaient à Requeil (Sarthe) et avaient trois enfants : Fernand, 19 ans, et Suzanne, 17 ans, nés d’un premier mariage de Marie-Louise, et Bernard, 14 ans. En février 1944, Auguste Landeau*, plaque tournante du réseau de sauvetage d’enfants juifs dans le département, s’adressa au couple pour lui demander d’héberger deux d’entre eux. Ils acceptèrent et quand Auguste se présenta, il était accompagné non pas de deux enfants mais de trois. Les Gendron n’hésitèrent pas longtemps, Marie-Louise affirmant que « s’il y en avait pour deux, on pouvait bien manger à trois ». Ils reccueillirent ainsi Bernard Akierman, 13 ans, et les deux frères Alfred et Léon Rosenblat, de 11 et 9 ans, jusqu’à la Libération. Une partie de leurs familles avait été arrêtée et déportée et les trois garçons avaient été confiés aux soins de l’UGIF de Paris. Les homes de l’institution étant menacés, ils en furent extraits et pris en charge par la congrégation de Notre-Dame-de-Sion dont le doyen, le Père Théomir Devaux*, avait mis en place la filière de sauvetage de la Sarthe. Par son intermédiaire, les Gendron reçurent une allocation mensuelle pour l’entretien des enfants sans laquelle ils n’auraient pu subsister. Par ailleurs, grâce à la complicité de la secrétaire de mairie, Marie-Louise put se procurer des tickets d’alimentation en plus de ceux qu’elle recevait pour sa famille. Les garçons allaient chercher du lait et de la crème à la ferme voisine ; les fruits et les légumes venaient du potager et les œufs et la volaille du poulailler. Sur les conseils du maire, ils ne furent pas scolarisés, les risques étant trop grands du fait du stationnement d’une garnison allemande au château de Requeil. Les quelques mois passés chez les Gendron ont laissé des souvenirs inoubliables dans la mémoire de Bernard Akierman qui se souvient en particulier de l’affection de Marie-Louise qu’elle partagea avec ses trois petits protégés. Ils lui vouèrent une reconnaissance sans bornes.

Le 1er aoĂ»t 2002, Yad Vashem – Institut International pour la MĂ©moire de la Shoah, a dĂ©cernĂ© Ă  Marie-Louise et Albert Gendron le titre de Juste parmi les Nations.

Le témoignage

A la fin de janvier 1944, la police française vint frapper Ă  la porte de l’appartement Ă  Montreuil de la famille Akierman oĂą se trouvaient la mère SYMA TAUBA 47 ans, ses filles Germaine-Jeanne, 19 ans et Adèle, 17 ans et ses fils, Bernard 14 ans et Roger 3 ans. Ils ne rĂ©pondirent pas aux injonctions de la Police, pas plus que les autres locataires, juifs comme eux et, lassĂ©s, les policiers sont repartis.

Aussitôt les Akierman quittèrent leur logement et se réfugièrent pour la nuit chez des voisins compatissants.

Le lendemain matin, la sĹ“ur aĂ®nĂ©e demanda Ă  l’UGIF (Union Des IsraĂ©lites de France) d’hĂ©berger pour quelques jours la petite Adèle et Bernard. Ils y restèrent une quinzaine. Après quoi, toujours grâce Ă  leur sĹ“ur, ils furent pris en charge par la CongrĂ©gation de Notre Dame de Sion dirigĂ©e par le Père Devaux (grande figure de la RĂ©sistance qui sauva de nombreuses familles juives) et qui reçu, il y a quelques annĂ©es Ă  l’Institut Catholique Ă  Paris, Ă  titre posthume, la mĂ©daille des Justes en prĂ©sence du Cardinal Lustiger.

Malheureusement, entre-temps, leur sœur Germaine fut arrêtée puis transférée à Drancy et déportée en juillet 44, mais revint heureusement en juin 1945.

Le Père Devaux s’occupa donc des deux jeunes enfants et les accompagna lui-mĂŞme Ă  la gare Montparnasse pour rejoindre leur refuge, Ă  la campagne. Ils furent confiĂ©s Ă  deux jeunes femmes qui avaient dĂ©jĂ  en charge deux jeunes garçons Alfred et LĂ©on Rosenblat de 12 et 10 ans qui restèrent toujours avec eux dans la famille d’accueil.

C’est ainsi qu’ils arrivèrent dans la Sarthe Ă  Yvre le Polin oĂą un certain Monsieur Landau vint les chercher en carriole et chez lequel ils restèrent 3 jours.

Après quoi M. Landau emmena tout ce petit monde à Requeil (Sarthe) au lieu dit  » Le Couran » dans la famille Gendron.

La famille Gendron se composait du père (ouvrier agricole), de la mère (ouvrière dans une laiterie), de deux enfants d’un premier mariage de Madame Gendron, Fernand et Suzanne Choplain, 19 et 17 ans et du fils Gendron, Bernard 13 ans.

Dès les premiers jours, la famille tĂ©moigna aux jeunes rĂ©fugiĂ©s une gentillesse et une affection qui perdurent encore aujourd’hui. Du fait du mĂ©tier de M. Gendron, la nourriture Ă©tait excellente, variĂ©e et abondante. Les lĂ©gumes et les fruits venaient du potager et le reste des fermes voisines. Le jeune Bernard partageait avec le fils de la famille un grand lit dans une chambre confortable. Cependant, les garçons n’Ă©taient pas scolarisĂ©s, le maire du village ayant peur des dĂ©nonciations car, au Château de la Roche Mailly, dans la commune Ă©tait stationnĂ© de nombreux soldats allemands.

MalgrĂ© leurs tampons  » juifs  » sur leurs cartes d’identitĂ©, le maire de Requeil fournissait Ă  Madame Gendron des tickets d’alimentation.

Marie-Louise et Albert Gendron Ă©taient des gens aux revenus des plus modestes, mais au grand cĹ“ur. Madame Gendron pour pouvoir nourrir ces trois bouches supplĂ©mentaires Ă©tait dans l’obligation absolue de recevoir une toute petite participation financière. C’est donc Germaine Akierman qui, sur son petit salaire d’ouvrière de l’usine Dantzer, envoyait chaque mois Ă  Notre Dame de Sion une somme d’argent, qui par l’intermĂ©diaire de M. Landau, la faisait parvenir Ă  Madame Gendron qui ne tira jamais aucun bĂ©nĂ©fice, mais cela permit aux jeunes juifs hĂ©bergĂ©s par elle de pouvoir vivre et survivre dans cette pĂ©riode très sombre de notre histoire. Il ne faut pas oublier que les risques pour les Gendron Ă©taient nombreux, les dĂ©nonciations Ă©taient journalières et qu’ ils risquaient Ă  chaque instant leurs vies et celles de leurs enfants.

Les questions religieuses ne furent jamais abordées ni par les Gendron, ni par le Père Devaux.
En octobre 1944, M. Landau les retira de chez les Gendron et les recueillit dans sa ferme oĂą se trouvait dĂ©jĂ  une dizaine d’enfants et quelques adultes, tous juifs que M. Landau dispersait dans la campagne pour les cacher. La famille Landau a reçu elle aussi la MĂ©daille des Justes dans la Sarthe.

Un camion envoyé de Paris à la Libération rapatria tout ce petit monde dans un centre du 14ème arrondissement où deux jours plus tard la famille Akierman récupéra ses enfants.

Albert Gendron est décédé, son épouse Marie Louise née Porteboeuf veuve Gendron remariée Laine, est aussi décédée.

Documents annexes

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Article de presse - Ouest France du 02/04/2003 Article de presse – Ouest France du 02/04/2003
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