10ème petite chronique de la nuit en hommage à Marcel Stourdze

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Dossier n°

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10ème petite chronique de la nuit en hommage à Marcel Stourdze


 

C’est avec une profonde tristesse que nous venons d’apprendre le décès de Monsieur Marcel STOURDZE survenu quelques jours seulement avant ses 99 ans, il était président de l’Association des Anciens Déportés Juifs de France.

 

Monsieur STOURDZE, en 2007, avait parrainé, à la demande de François Julien-Labruyère (éditeur du Croît-Vif), le livre de Josie Martin-Lévy «Ne dis jamais ton nom». Il avait aussi présenté le manuscrit du livre à Madame Simone Veil (alors Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah) qui avait accepté d’en écrire la préface. Monsieur STOURDZE en avait écrit une des postfaces… j’avais écrit la seconde…

C’est ainsi qu’en mars 2007 j’ai rencontré Marcel STOURDZE, lors de la présentation du livre de Josie Lévy à Paris et plus particulièrement en Charente. C’est son fils Jean-Michel qui l’avait accompagné car Monsieur STOURDZE avait déjà 94 ans et de graves séquelles physiques que lui avait laissées sa déportation. Présent à LESTERPS lors du lancement du livre, il avait aussi tenu à témoigner dans plusieurs établissements scolaires du département et notamment au lycée professionnel de Chasseneuil/Bonnieure devant un auditoire d’élèves bouleversés par son témoignage qu’il avait tenu à faire debout, donnant ainsi encore plus de solennité et de poids à ses mots.

Né à Boulogne-Billancourt en 1913 où son père était rabbin, Monsieur STOURDZE fit des études rabbiniques et une formation de dentiste. A la mort de son père, il devient soutien de famille de sa mère et de ses sept frères et sœurs et doit abandonner son travail d’opérateur dentaire pour entrer aux Galeries Lafayette comme comptable.

Démobilisé , il se réfugie à Lyon où il se marie en 1941 ; il crée avec son épouse un refuge et entre dans la résistance… Arrêté en juillet 1943 avec sa femme et sa belle-mère (seul son fils pourra être mis en lieux sûrs), il est torturé plusieurs jours durant par le tristement célèbre Klaus Barbie, quasi noyé dans une baignoire, piétiné et roué de coups…

Déporté en octobre, il est envoyé à Monowitz (à 12Kms du camp d’Auschwitz) pour travailler dans des mines. Il connaît alors de longs mois de privations, les tortures, la faim, le froid et la perte des siens… Un soir, revenant du travail, un SS, sans raison aucune, lui brise un manche de pelle sur les reins, le rendant handicapé à vie.

En janvier 1945, c’est le camp de Buna, puis les marches vers Manienburg où plus de la moitié des prisonniers mourront en chemin…

Le 29 avril 1945 le camp est libéré.

Depuis Monsieur STOURDZE, rabbin, n’a cessé de travailler et de témoigner. Il a pris une part active pour la reconnaissance des Justes parmi les Nations. Notamment pour Elisabeth Lacalle (Sœur Saint Cybard), dont la cérémonie de remise de la médaille de Justes à sa famille eut lieu à LESTERPS en novembre 2010. Monsieur STOURDZE trop âgé avait tenu à être représenté par son fils Jean-Michel.

Il eut aussi un rôle dans l’obtention du diplôme de «gardien de la vie» pour cet autre charentais le Père Le Bideau.

Laissons à Monsieur STOURDZE les derniers mots car il concluait souvent ses témoignages en demandant de «croire en Dieu et de croire en l’Homme afin que cela ne se reproduise plus» !

Texte et photo de Daniel Soupizet, poète et passeur de mots.

 

source: http://confolentais.blogs.charentelibre.fr/archive/2012/06/18/lesterps-10eme-petite-chronique-de-la-nuit-en-hommage-a-marc.html du 18/06/2012