La reconnaissance tardive du journaliste tchèque Karel Weirich, qui a aidé des Juifs pendant la guerre

Karel Weinrich Encore inconnu du grand public il y a quelque temps de cela, le nom de Karel Weirich figurera désormais en bonne place à côté de ceux d’autres figures qui ont contribué à sauver des Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale, comme Oskar Schindler ou Sir Nicholas Winton. Ce mercredi, jour de fête nationale en République tchèque, le président Miloš Zeman remettra en effet très probablement à titre posthume l’ordre du Lion blanc, la plus haute décoration de l’Etat tchèque, à cet ancien journaliste tchèque.

C’est une reconnaissance tardive à laquelle a droit Karel Weirich. Né en 1906 à Rome, où son sculpteur de père avait reçu une bourse, il passe son enfance et sa jeunesse en Italie, mais sa famille n’en conserve pas moins des liens étroits avec la Tchécoslovaquie. A l’âge adulte, Karel Weirich s’engage dans différentes institutions missionnaires catholiques, tout en travaillant, à partir des années 1930, comme journaliste. Pour l’agence de presse tchécoslovaque ČTK, il couvre notamment l’actualité en Italie et au Vatican, avant d’être limogé en 1941 en raison de ses positions antifascistes. Karel Weirich choisit alors de s’engager dans la résistance italienne et d’aider les Juifs tchécoslovaques qui ont fui le Protectorat de Bohême-Moravie, comme le rappelle Andreas Pieralli, de l’association mémorielle Gariwo :

« Il s’agissait de Juifs tchécoslovaques qui avaient fui le Protectorat et s’étaient retrouvés en Italie. Karel Weirich avait créé le Fonds de saint Venceslas, un fonds culturel qui, officiellement, servait à promouvoir l’héritage de saint Venceslas, mais qui, en réalité, servait de couverture pour aider les Juifs qui, une fois arrivés en Italie, avaient beaucoup de problèmes à cause du régime fasciste. On a retrouvé des listes qui montrent quelles sommes ont été envoyées par Weirich grâce au fonds, mais aussi des médicaments, des lettres et différentes choses dont les gens avaient besoin. Cette aide s’est faite surtout à distance. »

Condamné à mort en 1944 pour ses activités de résistant, Karel Weirich voit sa peine finalement commuée en dix-huit ans de travaux forcés. La fin de la guerre marque sa libération, et il redevient alors le correspondant de la ČTK en Italie. L’arrivée au pouvoir des communistes en Tchécoslovaquie le décide à rester dans son pays d’adoption. C’est là qu’il finira ses jours, dans la discrétion, sans que son acte de bravoure n’ait jamais été connu.

Aujourd’hui, c’est en grande partie grâce au travail d’un étudiant italien, Alberto Tronchin, que le destin de Karel Weirich est rappelé. La traduction d’une biographie qui lui est consacrée vient d’ailleurs d’être présentée à Prague. Andreas Pieralli rappelle les conditions dans lesquelles l’histoire de Karel Weirich a été redécouverte :

« L’histoire est assez similaire à celle de Nicholas Winton. Comme pour Winton, il y avait une boîte remplie de vieux documents qui se trouvait dans le grenier de la nièce de Weirich. Elle et la mère d’Alberto sont des amies. Un jour, Alberto était en visite chez madame Weirichová, et celle-ci, apprenant qu’il faisait des études d’histoire, lui a parlé de la boîte en question. L’un des premiers documents découverts par Alberto a été une liste de 300 personnes qui avaient bénéficié de l’aide matérielle de Weirich. Il a tout de suite compris l’importance de ces documents. Après la guerre, Weirich lui-même n’en a pas beaucoup parlé. Cela se savait dans sa famille, mais il a toujours refusé toute récompense de l’Etat italien, estimant qu’il fallait distinguer également toutes les autres personnes qui avaient participé à cette aide. »

Contrairement à d’autres personnes qui ont aidé des Juifs pendant la guerre, Karel Weirich ne fait pas partie des Justes parmi les nations, en raison de procédures spécifiques établies par le mémorial Yad Vashem. L’association internationale Gariwo œuvre pour la reconnaissance des Justes dans le monde, soit de toutes les personnes qui défendent les droits de l’homme et s’efforcent de lutter contre les génocides de la planète. Sa branche tchèque, dirigée par Andreas Pieralli, espère ainsi rappeler la mémoire de Karel Weirich sous une autre forme :

« Weirich, comme plusieurs autres personnalités, est inscrit sur notre liste des personnes dont nous voulons honorer la mémoire dès que le Jardin des Justes aura vu le jour à Prague. Weirich sera l’un des premiers à y avoir son arbre ou son monument. »