Ivan Beltrami " Juste parmi les nations "

Du 06/11/2014

 

 

A 94 ans, ce médecin marseillais, est honoré « Juste parmi les nations » pour avoir sauvé des Juifs au péril de sa vie durant la seconde guerre mondiale.

A Paris, et pour la première fois dans le monde médical, trois « Justes parmi les nations » sont honorés aujourd'hui par l’ Association des médecins israélites de France à l’Académie nationale de médecine, en présence de la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine.

Parmi eux, Ivan Beltrami, un dentiste marseillais âgé aujourd’hui de 94 ans qui, durant la Seconde Guerre mondiale, sauva des juifs, au péril de sa vie. Avec lui, sont honorés le Professeur Anne Beaumanoir et le Docteur Pierre Thomas. Trois « survivants » des 52 autres professionnels de la santé aujourd’hui disparus qui répondent aux critères de « Juste parmi les nations » définis depuis 1953 par le Mémorial Yad Vashem de Jérusalem qui dit : « Quiconque sauve une vie, sauve l’univers tout entier. »

Ce matin-là de janvier 1943...

Pour Ivan, fin janvier 1943, ce furent deux vies sauvées. Celle de Jean Bernard et de René David, tous deux français de confession juive, qui, grâce au sang froid d’Ivan, échappèrent aux allemands. Un récit autobiographique évoqué dans Mémoires d’un juste et repris par Bruno Halioua, écrivain médecin : « Un matin de janvier 1943, Michel et Jean Pascal (eux aussi étudiants et locataires de la maison familiale) étaient déjà partis à l’hôpital. Il était environ 8h30. Ivan allait partir à son tour. René David venait de sortir et soudain, il le vit remonter le visage livide : "Les Allemands ont cerné le quartier, ils perquisitionnent les maisons... Que faire ?" »

Une partie de l’appartement du boulevard Michelet donnait sur une terrasse mais il y avait une légère avancée. Ivan leur conseille de s’y cacher. Quelques instants plus tard, on sonne à la porte. Ivan Beltrami ouvre et se trouve en présence de deux Feldgendarmes et d’un civil. « -Police allemande. Il y a des juifs qui habitent ici. -Pas le moins du monde ! Nous sommes trois étudiants en médecine et mes camarades sont déjà partis à l’hôpital. » Les Allemands inspectent et visitent toutes les pièces et celle où se trouve la terrasse. « -Et là, qu’est-ce qu’il y a ? -C’est une terrasse. » L’un d’eux se dirige vers la fenêtre qui surplombe l’avancée, l’ouvre juste au-dessus des deux amis cachés et ne voit rien ! Il referme la fenêtre et vérifie l’identité du jeune étudiant. « C’est bon », disent-ils et ils se retirent.

Aujourd’hui, Ivan Beltrami vit toujours dans le même quartier. René David est mort en 1973. Quant à Jean Bernard, décédé il y a 20 ans, il a épousé la cousine de l’épouse d’Ivan Beltrami. Et son plus grand bonheur fut de voir tous les descendants de cette famille venir de Paris pour le remercier de cet acte courageux. Ivan Beltrami a été décoré de la croix de la légion d’honneur et « décoré au péril de leur vie ». Il est également citoyen d’honneur d’Israël mais ne peut se déplacer à Paris. « Mon cardiologue me l’interdit... Mais le coeur y est. »

Stéphane Revel