Aix : le Juste hommage aux époux Devès

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Dossier n°

12855

Aix : le Juste hommage aux époux Devès

Du 14/03/2016

 

 

 

 

Florianne Devès (avec la médaille et le diplôme d'honneur) entourée de sa famille et des Sapir. Trop âgées, les soeurs Margolis n'avaient pas pu faire le déplacement. Photo serge mercier
Ils ont été élevés au rang des Justes parmi les nations à titre posthume, hier, lors d’une cérémonie au camp des Milles.

Quand elle s’est approchée du micro et a commencé à parler avec sa voix fluette et chantante étranglée par l’émotion, tout l’auditorium du camp des Milles a chaviré avec elle. L’atmosphère était chargée des vibrants hommages qui se succédaient depuis près d’une heure avec, en toile de fond, les photos en noir et blanc d’Émilie et Fernand Devès, visages souriants et bienveillants. Ses grands-parents héroïques. Anonymes, hier. Elevés au rang des Justes parmi les nations, la plus haute distinction civile de l’État d’Israël, depuis.

Florianne Devès, devenue Lambert, « l’incarnation de la gentillesse, de la générosité et de l’humanité de ses grands-parents », a retenu ses larmes comme une enfant polie le temps des discours. Une nouvelle fois, elle a entendu l’histoire extraordinaire de ses grands-parents, découverte presque par hasard dans un carton, modestement entreposé dans le grenier de la maison familiale de Bollène, dans le Vaucluse. Les vrais héros ne se vantent pas de leurs exploits… tout simplement parce qu’ils font ce que leur coeur et leur conscience leur dictent.

« Et dans ce contexte de délation et de terreur, rappelle Serge Cohen, délégué du comité français pour le mémorial israélien Yad Vashem, qui abrite un bâtiment dédié aux Justes depuis 2005, Émilie et Fernand faisaient partie de cette armée du coeur et des bras ouverts. » « En faisant preuve d’un courage exceptionnel lors de ce programme d’extermination totale planifié par les Nazis avec la complicité des gouvernements et des individus qui avaient fait le choix de collaborer, souligne à son tour Anita Mazor, consul général de l’État d’Israël à Marseille. Ils ont fait le choix de la solidarité au péril de leur vie et en mettant leur propre famille en danger. »

Ce 26 août 1942, rien n’est venu ébranler la conviction des époux Devès. Ni la peur. Ni les armes. Ni la rafle, organisée avec l’appui du préfet de Vaucluse. Locataires des époux Devès, les jeunes soeurs Margolis, Édith et Rose, sont séparées de leurs parents juifs polonais depuis le début de la guerre. Grâce à deux soldats polonais, elles avaient transité jusqu’à Bollène, avec la famille Sapir. Quand les gendarmes arrivent, munis d’une liste où sont inscrits les noms des juifs à arrêter et à envoyer au camp des Milles, seul le fils Sapir, Lutek, repart de force avec eux mais parviendra à s’échapper une fois à Aix. Son père, à Marseille ce jour-là, passe entre les mailles du filet. Comme Rose Margolis, chez une voisine.

Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras

Seules sa soeur, Édith, Szayna Sapir et sa fille Esther sont présentes dans la maison. Faignant d’avoir d’insupportables douleurs au ventre, Szayna se roule par terre en hurlant en yiddish. Un subterfuge visant à prévenir les filles qui se cachent, avec la complicité des Devès. Si cette fois les gendarmes repartent, les Devès savent qu’ils finiront par revenir… Les soeurs Margolis et la famille Sapir sont envoyées en Espagne grâce au réseau de résistants des Devès. Ils seront malheureusement arrêtés à la frontière. Pour autant, Émilie et son mari ne vont pas baisser les bras. Ils parviennent à récupérer Szayna Sapir et sa fille en février 1943, alors que le père Sapir est déporté. Quelques mois plus tard, ils vont rapatrier les soeurs Margolis, internées au camp de Gurs.

« Les époux Devès ont fait bien plus que les cacher, insiste Serge Cohen. Ils leur ont assuré un quotidien fait de compassion et de sollicitude. » « Le courage de vos grands parents a honoré l’histoire de France, celle d’Israël et de l’humanité tout entière », enchaîne Anita Mazor. C’est donc tout aussi naturellement que les soeurs Margolis, aujourd’hui résidantes américaines de plus de 90 printemps, avaient entamé les démarches pour la reconnaissance éternelle de leurs sauveurs. Le mail reçu par Florianne Devès le 22 mars 2014 lui avait transpercé le coeur de fierté. « Fernand et Émilie Devès n’ont pas sauvé que des individus. Ils ont aussi sauvé la justice », affirment-elles, en pleine forme, dans un film délicat réalisé par des lycéens de Bollène.

« Dans cette opération, déclenchée avec l’appui du préfet de Vaucluse, vous avez su protéger vos amis par vos convictions », a congratulé à son tour Serge Gouteyron, sous-préfet d’Aix, en s’adressant directement aux Justes disparus. « Comme hier, les armes de l’esprit doivent être utilisées contre la violence », encourage à son tour, Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles, en exhortant « à la transmission et pas seulement des horreurs et des carnages passés mais aussi des expériences des hommes ».

Tremblante d’émotion mais armée du courage de ses grands-parents, Florianne Devès avait, en plus des remerciements, un message à transmettre : « Pour mes grands-parents, peu importait la couleur de peau et la religion. Ils avaient en face un être humain. Et chez tous les hommes, les larmes sont identiques. »

Laetitia Sariroglou


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