Albert et Juliette Chaussée « Justes parmi les nations » - Normandie

 

 

 

Après cinq années d'enquête, Albert et Juliette Chaussée, couple d'agriculteurs ornais, vont recevoir,à titre posthume, la plus haute distinction civile de l'État d'Israël.

1942, la guerre fait rage et les rafles de juifs sont fréquentes à Paris. La famille Naoun qui habite le XIV e arrondissement, avec ses huit enfants, vient d'échapper à l'une d'entre elles. Une famille originaire d'Algérie, arrivée à Paris dans les années vingt.


Sentant la menace qui pesait sur les Juifs, les Naoun, qui ont toujours refusé de porter l'étoile jaune, décident d'éloigner leurs enfants. Ils placent leurs cinq filles dans une institution catholique en Loire-Atlantique. Parmi elles, Irma 12 ans, et sa soeur Chantal 11 ans. En 1942, elles seront placées chez des fermiers dans l'Orne à Saint-Fulgent-des-Ormes.

Leur nom a été légèrement modifié en Naour, à consonance bretonne ! « J'ai été accueillie par Juliette et Albert Chaussée à Saint-Fulgent, écrivait Irma en 2007, et ma soeur Chantal par la famille Label. Nous avons toutes deux été scolarisées au village dans la classe des époux Trudelle, instituteurs. Les trois années passées dans cette ferme, restent pour moi un souvenir inoubliable, tant j'ai été gâtée et choyée. Ma famille d'accueil n'a jamais fait de différence entre ses enfants et moi. »

Les Allemands à la ferme

Monique Trudelle, fille des instituteurs, témoigne. « Pour ne pas éveiller les soupçons, Irma allait à l'église avec sa famille d'accueil. Elle était présentée comme une petite fille éloignée de Paris car la nourriture manque. Il n'y a pas de compensation financière. Parfois, Irma recevra la visite de ses parents, qui repartiront avec des victuailles données par la famille Chaussée. »

Ce foyer ornais a alors trois enfants : Juliette née en 1930, Ginette en 1938, et Jean-Claude en 1943. Plus tard, viendra aussi Albert, le petit dernier.

« Irma nous a quittés il y a quelques années, explique Jean-Claude, le fils, mais je me souviendrai toujours du jour où je lui ai dit que mes parents savaient qu'elle était juive, ce qu'elle ignorait. C'était ici, dans la salle à manger. Elle a alors réalisé qu'ils avaient pris des risques pour la protéger. Elle était très émue ! »

Irma confirme : « Le choc a été grand pour moi, car j'ai réalisé, à 77 ans, le courage qu'il a fallu à Albert et Juliette Chaussée pour me protéger et me sauver. Surtout lorsque les Allemands venaient à la ferme chercher des victuailles ! C'est pourquoi je souhaite qu'ils soient tous deux reconnus comme Justes à titre posthume. »

Voeu qui va être exaucé, puisqu'après cinq années d'enquête par l'association juive Yad Vashem, Albert et Juliette Chaussée, disparus en 1984 et 1995, recevront, à titre posthume, la plus haute distinction civile de l'État d'Israël. Le titre de « Justes parmi les nations » qui sera décerné le 21 octobre prochain. Un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier », seront transmis à leurs descendants. La cérémonie aura lieu à 11 h dans la salle communale, en présence des familles et de nombreuses personnalités, dont l'ambassadeur d'Israël en France.

source: http://www.ouest-france.fr/2012/10/03/normandie/Albert-et-Juliette-Chaussee-Justes-parmi-les-nations--63715961.html du 03/10/2012