Boé. La mémoire d'un couple de «Justes parmi les nations» honorée

Du 09/11/2013

 

 

 

 

 

Roger Cénou, Myriam Daigueperse, née Lévy, qui vivait à Libourne avant d'être cachée avec les siens chez les grands-parents Cénou, le délégué de Yad Vashem et le ministre. / Photo Morad Cherchari Cérémonie émouvante hier. Deux familles réunies : Roger Cénou qui a reçu la médaille des Justes pour ses grands-parents et la dernière survivante de la famille Lévy cachée pendant la guerre.

Un bel acte d’héroïsme a été salué hier à la mairie de Boé village, en présence du maire Christian Dezalos, du préfet Denis Conus, de la députée Lucette Lousteau, de Gabriel Tordjman, président de l’association cultuelle des Israélites de l’Agenais et de nombreuses personnalités. La médaille des «Justes parmi les nations» a été décernée à titre posthume à Aurélie et Fernand Cénou, représentés par leur petit-fils Roger Cénou, 78 ans, par Zvi Tal, ministre plénipotentiaire auprès de l’ambassade d’Israël et Michel Alitenssi, délégué du comité français de Yad Vashem.

Le patronyme des époux Cénou sera ainsi gravé sur le mur des Justes à Jérusalem pour avoir hébergé trois années et sauvé la famille Lévy : Jeanne, la veuve et ses enfants Myriam, Louna, Joseph et Elie. C’est Myriam, 94 ans, la dernière survivante de la fratrie qui a fait la demande auprès de Yad Vashem pour Aurélie et Fernand Cénou et également pour celui qui l’avait aidée à se réfugier en zone libre et qu’elle prit pour époux, Henri Daigueperse distingué en 2005 et aujourd’hui disparu. «Ma grand-mère avait confié maman à mon père

[Henri Daigueperse N.D.L.R.] pour qu’elle échappe aux rafles», témoigne Caroline Daigueperse-Vaultier. A ses côtés sa sœur Muriel présente pour l’événement, Myriam leur «Mamouchka» qui a vécu chez les Cénou et les proches de Roger ému aux larmes d’être le dépositaire de ses grands-parents. Des artisans charrons qui résidaient dans la maison au bout de l’allée près de la Marpa. Deux familles liées pour l’éternité. «Fernand et Aurélie Cénou ont hébergé aux heures sombres de l’Occupation, au péril de leur vie et en toute connaissance de cause, la famille Lévy», a souligné le maire de Boé, louant leur discrétion autour de faits qu’ils avaient tus au point que Roger Cénou les a appris tardivement.

Honneur à toi Fernand !

«Cela donne encore plus de prix à ce comportement exemplaire et nous invite à refuser l’intolérance, le fanatisme et la barbarie.» La voix étranglée par l’émotion, Roger Cénou s’est écrié : «Honneur à toi Fernand ! D’avoir instauré une terre d’asile et de fraternité et de n’avoir pas accepté les outrances et la barbarie. Vous avez fait pour eux ce que nous aurions dû faire pour tous. Vous êtes un bel exemple !» Caroline Daigueperse a eu une pensée émue pour son père Henri, rappelant que sa mère Myriam s’était mariée voilà 70 ans à la mairie de Boé. Le vice-ambassadeur Zvi Tal a exprimé sa fierté : «Quiconque sauve une seule vie, sauve l’humanité tout entière», saluant le courage «d’êtres humains venant au secours d’autres êtres humains désespérés. J’attache une grande importance à la recherche de ces héros». «Une famille discrète pendant l’Occupation,, discrète par modestie. Quels risques n’ont-ils pas pris ? Arrestation, déportation et mort», a rajouté Michel Alitenssi qui a prononcé un discours en hébreu avant de remettre la médaille des Justes et le diplôme à Roger Cénou qui serrait Myriam Lévy contre lui. Les deux familles se sont embrassées. Et Roger Cénou a été étreint par le diplomate d’Israël.