La Creuse est l'un des départements où le plus de Juifs ont été sauvés pendant la Seconde Guerre mondiale : mythe ou réalité ?

Du 19/12/2018

 

 

 

La médaille des Justes a été décernée à Marcelle Porte, enseignante qui vivait à Bourganeuf © BARLIER Bruno La Creuse fut un département  "refuge" sous l'Occupation.  Ce qui tient à sa position géographique mais aussi à l'hospitalité de ses habitants. Si l'histoire des maisons d'enfants de l'OSE est relativement connue, de multiples actes individuels ont permis  d'empêcher l'arrestation de 95% des quelque 3.000 Juifs, étrangers et Français,  réfugiés en Creuse.  

Avant la Seconde Guerre mondiale, la population de confession juive de la Creuse représentait « 600 personnes », selon l’historien creusois Christophe Moreigne. Nombre qui a pu atteindre 3.000 à 3.500 personnes sous l’Occupation.

Un refuge pour tous les persécutés 

La Creuse a été une terre d’accueil pour les réfugiés en général : lors de l’exode de mai 1940, la population du département, qui comptait alors 200.000 habitants, a plus que doublé.

Par la suite et en proportion, la Creuse a accueilli plus de personnes persécutées que d’autres départements. Christophe Moreigne explique ce rôle de « refuge » par « la proximité de la ligne de démarcation ».

 Surtout, en Creuse, il y a eu les “homes d’enfants”.

Chateau de Chabannes Saint Etienne Saint Pierre de Fursac

Au début des hostilités, l’OSE (Œuvre de secours aux enfants) a replié ses maisons installées intialement en région parisienne  entre la Haute-Vienne et la Creuse (à Saint-Pierre-de Fursac, Le Grand-Bourg et Mainsat). Il y avait également la maison du Refuge israélite de France; près de Crocq.

A Chabannes, le directeur, Felix Chevrier a réussi à exfiltrer "300 enfants vers les Etats-Unis", rappelle Christophe Moreigne. 

1.000 enfants juifs protégés dans le département

Au total, environ 1.000 enfants juifs ont séjourné dans ces différents établissements sur la durée de l’Occupation. « Les châteaux de l’OSE ont créé des points de fixation pour les familles juives », observe Christophe Moreigne.

Dans un contexte de présence quantitativement importante de réfugiés juifs, l’hospitalité creusoise, reconnue par les témoins , a fait des merveilles.

Dans son livre, La Mention  rouge, qui vient de paraître  aux éditions Points  d'encrage, Christophe Moreigne a ainsi recueilli le témoignage de Jacques Bloch,  le neveu de l’historien et Résistant Marc Bloch,  qui fut lycéen à Guéret et  qui s'est lui-même engagé dans la Résistance à 17 ans.

La famille Schwab est venue d'Alsace et s'est réfugiée à Guéret en 1942 ( collection Ch.Moreigne)

Une générosité spontanée

Jacques Bloch évoque la générosité spontanée des habitants de Genouillac, une commune du nord du département: « Mes parents sont arrivés complètement démunis dans la Creuse sans connaître personne. Des paysans avaient appris que des pauvres gens pourchassés venaient d’arriver.  Ils nous proposaient du beurre, un rang de pomme de terre dans leur champ de façon complètement désintéressée » . 

Cérémonie commémorative , 9 adultes, enfants, juifs ,réfugiés, Mainsat, raflés , 1942,1943, morts en déportation, stèle, Jacqueline Jary, maire, conseil municipal

Christophe Moreigne a mené de longues recherches sur les différentes  vagues de réfugiés  en Creuse. Des Italiens fuyant le fascisme se sont ainsi  expatriés dans les Monts de Sardent des les années 1920 :  « Il y a un fond naturel hospitalier chez les paysans creusois. Une solidarité des humbles. A la veille de la guerre, les Creusois ont été accueillants avec les réfugiés espagnols. Ils le seront avec les Juifs comme avec les prisonniers allemands après la Libération », éclaire l'historien.

« Nous sommes partis de la légende familiale, évoquée parfois par mon père . Elle tournait autour de M.Obstander, un Juif hollandais qui se cachait dans notre grange . Ni mon père ni ma tante  n’avaient eu accès à d’autres informations. Les anciens ne parlaient pas ». 

Elisabeth Remy-Netange (enseignante et decendante de la famille Nétange de Moutier-Rozeille qui s'est vouée à la protection de familles juives sou

La Creuse et la Haute-Vienne

Au plus près de ses propres racines, et à l'invitation d'Elisabeth Rémy-Nétange,   le journaliste creusois Robert Guinot a su délier les langues 70 ans après et même « forcer » une certaine forme de pudeur autour de Moutier-Rozeille, une commune proche d'Aubuson. 

Dans son  dernier livre, Terre des Justes, paru aux éditions de Borée, Robert Guinot  reprend l'enquête fleuve intitulée Le Réveil des mémoires silencieuses publiée dans La Montagne, entre 2013 et 2014 .   

Le livre la Mention Rouge de Christophe Moreigne est le résultat de plusieurs années de recherches dans les archives. Un travail autour de documents édifants et exclusifs. Le livre Terre des Justes, de Robert Guinot, est publié au éditions de Borée. Il su

La situation dans d’autres départements très ruraux souligne la relative « protection » dont ont bénéficié les Juifs réfugiés en Creuse.

 

Le régime de Vichy, puis l‘Occupant directement, ont procédé à au moins quatre rafles en Creuse entre le 26 août 1942 et le 25 juillet 1944.

Au final,  on dénombre 170 déportations sur plus de 3.000 Juifs réfugiés en Creuse.

60 Justes parmi les nations dans le département

Le « refuge » creusois et haut-viennois, bien que plus diffus, est comparable à celui des vallées de Haute-Loire et du Vivarais, marquées par la présence protestante, qui ont abrité entre 3.000 et 5.000 Juifs.

S’il n’y a pas eu de Chambon-sur-Lignon en Creuse, un autre indicateur est le nombre de personnes élevées au rang de Justes parmi les nations par la fondation Yad Vashem : le département compte aujourd’hui 60 Justes.

Un nombre important rapporté à la population totale.

Julien Rapegno