La Prévière. Jean et Joséphine avaient accueilli François, enfant juif

Du 09/05/2018

 

 

 

 

Au centre, Yvonne Gaultier-Dersoir, à sa droite François Rosenthal, sa femme et son frère André, et Roland Korenbaum, entourés des autorités

Il était « le petit dernier de la famille ». François Rosenthal avait 9 ans, en 1942. D’abord confié à un cafetier de La Prévière, dans le Haut-Anjou, il trouva refuge chez des agriculteurs, la famille Gaultier. En 1996, à titre posthume, le couple fut reconnu Justes parmi les Nations. Et, désormais, une plaque est scellée sur le mur de leur maison, à la Gautrie.

Après l’arrestation de son père, en août 1942, la mère de François Rosenthal l’avait confié, ainsi que sa sœur Marthe et son frère André, à une association juive qui se chargeait de trouver des familles d’accueil pour les éloigner du danger.

Il confie sa peur à Yvonne, sa nouvelle "grande sœur"

André et François furent d’abord hébergés chez un cafetier de La Prévière, près de Pouancé. Ils allaient chercher du lait dans une ferme toute proche, à la Gautrie. C’est là que François s’est confié à Yvonne Gaultier, 14 ans à l’époque.

Il était très effrayé par les soldats allemands qui fréquentaient le café. C’est Yvonne qui a convaincu ses parents, Jean et Joséphine, de prendre François à la maison. Pendant trois ans, il fut choyé comme s’il était le quatrième enfant de famille.

Le retour de François à la Gautrie

La guerre terminée, François retrouvera son père, son frère et ses deux sœurs. Mais sa mère, déportée en 1943, n’est jamais revenue.

Le 27 mars 1996, Jean et Joséphine Gaultier recevaient, à titre posthume, le titre de Justes parmi les Nations. Mais François Rosenthal tenait à remercier plus personnellement cette famille pour sa générosité.

« Pendant trois ans, j’ai été heureux »

Samedi 5 mai, une cérémonie officielle, familiale et émouvante, s’est déroulée à La Prévière. Une plaque a été dévoilée sur le mur de la Gautrie, en présence de nombreux descendants du couple.

L’émotion était palpable quand François a pris la parole : « Je me souviendrais toujours de Joséphine, répondant à un officier allemand que j’étais « le petit dernier de la famille ». Pendant trois ans, j’ai été heureux ici : je participais avec fierté aux travaux de la ferme et, le dimanche, nous allions à la Blisière. »

L’hommage des enfants à Jean et Joséphine

Claudine, la fille d’Yvonne, a retracé un portrait sensible de son grand-père Jean Gaultier. Né en 1894, deux fois blessé pendant la Grande Guerre, il n’avait pas hésité à accueillir, au péril de sa vie, ce petit garçon juif.

Les enfants Agathe et David ont interprété au violon l’Hymne à la joie, Lucie a lu un poème de Paul Rozenberg, intitulé Les Justes. Quentin et Clara ont, quant à eux, interprété à deux voix Le badge, d’Albert Pesses : « On m’a donné un badge quand j’étais enfant… On avait marqué « juif » sur mon cœur de 7 ans. »

Enfin, Margaux et Émilie ont raconté comment elles ont présenté devant leur classe, captivée par cette histoire, le livre de François Rosenthal, Itinéraire d’un enfant caché.

« Cette armée du cœur et des bras ouverts »

Désormais, la mémoire de Jean et Joséphine Gaultier, et de tous les habitants de La Prévière qui savaient et n’ont rien dit, restera ancrée comme un exemple de courage et de générosité. Car, comme l’a affirmé Roland Korenbaum, « ils ont incarné l’honneur de la France, cette armée du cœur et des bras ouverts ».