Le patron cachait des juifs sous l'Occupation

Patron d'une tuilerie et maire du village, Jean Audoin avait, entre autres, employé un médecin juif sous un faux nom. Lui et son épouse seront faits Justes ce matin.

 

 

 

 

(Photo DR)Jean Audoin, décédé en 1963 à l'âge de 68 ans.

Luce Rotman a écrit un petit mot d'excuse au maire. À 93 ans, elle ne pourra quitter Paris pour se joindre ce matin à la cérémonie de Genouillac , près de Roumazières. « C'eût été une grande joie pour moi […] de m'associer à cet honneur posthume qui leur est enfin rendu. » Jean et Cécile Audoin y seront élevés au rang de « Justes parmi les nations ». À l'époque patron de la tuilerie de Fontafie et maire de Genouillac, Jean Audoin a employé comme contrôleur le Dr Michel Rotman, le mari de Luce, sous un faux nom alsacien et logé toute la famille juive jusqu'à la Libération. Né en 1949, le fameux documentariste Patrick Rotman n'est autre que leur fils.

Faux papiers

 

Voilà pour le dossier n° 12 027 du Comité français pour Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, qui œuvre au souvenir de ces Justes. Petite-fille des Audoin, Isabelle Gaven -Rognon, ophtalmologiste dans le Vaucluse, s'est employée à retracer une histoire qu'elle n'avait reçue que par bribes. Jean Audoin est mort en 1963, sa veuve Cécile en 1997. Et si Isabelle Gaven-Rognon s'est attelée à une telle entreprise, c'est aussi pour raffermir les liens familiaux : « On est parti vivre de tous les côtés. C'est important de retrouver Fontafie, ça nous fait du bien. »

Ont pesé dans la balance non seulement le témoignage de la veuve Rotman, mais aussi de la résistante Hélène Nebout, cofondatrice du maquis Bir Hakeim de Charente, aujourd'hui retirée à La Rochelle.

« Jean Audoin nous a offert spontanément son aide dans le domaine financier », selon son témoignage versé au dossier. Elle-même se souvient des Rotman : « Lorsqu'un de nos maquisards a été blessé d'une balle dans le pied, ce serait le docteur Rotman qui l'aurait opéré un soir, en plein bois, et avec les moyens du bord. Opération plus que délicate, mais réussie. »

Chef d'entreprise et maire, Jean Audoin ne perdait pas le nord : ainsi aurait-il fourni des centaines de faux papiers aux Juifs qui passaient en zone libre. « Peut-être bien 300 », croit savoir Isabelle Gaven-Rognon. « Il a profité de sa double casquette », loue Jacques Marsac, actuel maire de Genouillac. « Il embauchait les gens et, en tant que maire, leur procurait de faux documents. »

« Une figure »

Difficile de préciser le nombre de Juifs sauvés par les Audoin. L'histoire des Rotman a suffi au comité Yad Vashem pour instruire le dossier. D'autres, comme les Trèves ou les Cahen, ont aussi bénéficié de leur aide. « Raymond Trèves a été hébergé quelque temps après s'être échappé d'un train en partance pour l'Allemagne. Mon grand-père l'a amené en zone libre », ajoute Isabelle Gaven -Rognon.

La famille Audoin ne sera pas seule à assister à la cérémonie. S'y joindront une vingtaine d'anciens salariés de la tuilerie. « C'était une figure, poursuit Jacques Marsac. Ce n'était pas le patron esclavagiste, mais quelqu'un d'humain, aux petits soins avec ses salariés. » On veut bien le croire.

Daniel Bozec

source: http://www.sudouest.fr/2012/06/18/le-patron-cachait-des-juifs-sous-l-occupation-746429-923.php du 18/06/2012