ORROIR - René et Alfred Knoll, invités d’honneur

Du 17/06/2015

 

 

 

Liliane Dupont, entre Alfred Knoll (à sa gauche)et René Knoll, très émus lors de ces cérémonies du souvenir.-

En 1942, les deux frères furent recueillis par la famille Laurier à la «Laiterie de l’Enclus». Samedi, ils sont venus de Paris et de Tel Aviv.

Le village d’Orroir commémore chaque année en juin les actes de résistance de ses cinq fusillés d’Oostakker (14 juin 1944) et des déportés exterminés dans les camps nazis. Ce dernier samedi, d’autres faits de résistance ont été évoqués: la famille Laurier cachait des Juifs et les ont ainsi sauvés de l’extermination nazie.

Les enfants juifs et l’étoile jaune

Dès le début de l’occupation de la Belgique par les Allemands en mai 1940, une administration militaire allemande coexista avec l’administration civile belge. Les Allemands mirent notamment en place des lois et des décrets contre les Juifs. Ils limitèrent leurs droits civils, confisquèrent leurs biens et leurs entreprises, leur interdirent certaines professions et en mai 1942, leur ordonnèrent de porter l’étoile jaune, dès l’âge de 6 ans.

À «la Laiterie à Orroir»: onze enfants de 2 à 9 ans

En 1942, Liliane Dupont avait 16 ans; elle était la fille d’Anna Laurier et habitait Orroir, à «la Laiterie de l’Enclus». Elle vivait en compagnie de ses parents, sa grand-mère Alida Arco et une autre tante Léonie Laurier ainsi que son mari Henri Franchomme.

Liliane Dupont se souvient: «J’étais élève à Forest et résidais à Bruxelles où j’avais trois tantes (les trois sœurs de ma mère Anna), nous dit Liliane Dupont. J’avais parmi mes amies d’école quelques filles juives. Avant le port obligatoire de l’étoile jaune, nous étions tous Belges et nous avions beaucoup de sympathie l’une pour l’autre. Quand le port de l’étoile juive est devenu obligatoire, ce fut la consternation, puis la peur. Certaines de mes amies ont été arrêtées avec leur famille et je n’entendis jamais plus parler d’elles.»

En mai 1942, ces événements incitèrent la famille de Liliane à faire quelque chose pour tous ces enfants juifs dans la souffrance. Une filière s’établit entre Bruxelles et Orroir via des réseaux de résistance. «Parmi les onze enfants recueillis figuraient notamment René Knoll, le plus âgé, son frère Alfred Knoll, tout petit», poursuit Liliane Dupont.

En tout, onze enfants sont venus à «La Laiterie» de l’Enclus: «Tous ces enfants étaient aimés comme les enfants de la maison. Nous disions qu’ils étaient des enfants réfugiés d’Anvers suite aux bombardements de cette ville.»

René Knoll, dernier à partir

À la libération en septembre 1944, les enfants ont quitté Orroir, sont retournés chez eux avec leurs parents ou leur famille rescapés des rafles nazies. Seul René Knoll, qui avait perdu toute sa proche famille, est resté à Orroir jusqu’en 1946.

L’organisation juive OSE (Œuvre de secours aux enfants) est venue le chercher pour le placer en Maison d’Enfants à Profondsart près de Waterloo. En 1947, un oncle de son père, ayant retrouvé sa trace, l’a recueilli chez lui à Paris. Ce départ en 1946 provoqua un grand chagrin à la famille Laurier et à René.

Actuellement, René habite la région parisienne et Alfred Tel Aviv. Ils étaient présents et très émus, samedi à Orroir, pour les cérémonies du souvenir. Liliane Dupont les accompagnait.

Rappelons aussi qu’en 1994 à Bruxelles, Liliane Dupont a reçu des mains de l’ambassadeur d’Israël en Belgique la médaille de «Justes parmi les nations», attribuée aux cinq sœurs Laurier.

Leur nom est gravé sur le «Mur des Justes des nations» au Mémorial Yad Vashem à Jérusalem, le site de la mémoire des héros et des martyrs de la Shoah.

Il s’agit de la distinction suprême décernée à des non-Juifs, par l’État d’Israël.