Salles-d'Angles : les Stacke reconnus Justes

 

 

 

 

Joseph et Aneska Stacke Le 9 mai, près de Cognac, Aneska et Joseph Stacke seront honorés à titre posthume et faits Justes parmi les nations

Pendant la guerre, Aneska et Joseph Stacke étaient mal vus. À Salles-d’Angles, près de Cognac, on les traitait parfois de « sales boches ». Ce couple d’émigrés tchécoslovaques cachait pourtant des juifs, dans sa maison aux volets bleus, au 9, rue Mortemer. De juillet 1942 à août 1945, ils ont sauvé Héda et Kurt Fischl et leurs deux enfants, Alex et Otto…

Il y a un an, l’institut Yad Vashem (le mémorial de la Shoah à Jérusalem) reconnaissait à titre posthume la qualité de Justes parmi les nations à Aneska et à Joseph. Voici la distinction suprême accordée par l’État d’Israël à des non-juifs. Jeudi 9 mai, à 11 h 30, à la salle polyvalente de Salles-d’Angles, la médaille des Justes sera remise aux enfants du couple Stacke. Sur cette médaille figure une devise extraite du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier. »

Souvenir des années noires

La cérémonie se déroulera en présence des enfants du couple Stacke, de Barnea Hassid, consul d’Israël à Marseille, de Natan Holchaker, délégué régional du comité français Yad Vashem, et de nombreux invités, dont Otto Fischl.

Otto n’était qu’un enfant lors de ces années noires ; un enfant caché, un enfant sauvé. Aujourd’hui âgé de 84 ans, il est aujourd’hui grand-père et vit en Australie. Sa présence à Salles-d’Angles, le 9 mai, où il sera accompagné de son neveu Daniel, sera à ce titre exceptionnelle.

Otto et son frère Alex étaient arrivés à Salles-d’Angles le 14 juillet 1942, un peu avant leurs parents. Pour tromper l’ennui et l’angoisse d’être dénoncé, Otto a rédigé un journal. Il y confiait ses pensées, des anecdotes sur la vie tumultueuse de la maisonnée et des nouvelles de la guerre. Ce journal, longtemps resté intime et secret, ne fut publié qu’en 2009, sur l’insistance d’Agnès Stacke, l’un des huit enfants d’Aneska et Joseph.

En voici quelques extraits : « Quand je regarde en arrière, ce que cet homme a fait pour nous est indescriptible, un acte d’un courage incroyable, d’une Deux filles du couple reconnu par l’institut Yad Vashem, Annie et Agnès Stacke, devant la maison aux volets bleus de la rue Mortemer de Salles-d’Angles. immense bonté et une action d’un humanisme hors du commun. Il risquait non seulement sa propre vie, mais aussi celle de sa famille […]. Aujourd’hui, quand je regarde mes petits-enfants et que je les vois rire et jouer, je vois toujours en face de moi M. et Mme Stacke et la pensée ne me quitte jamais que, sans eux, tout cela ne serait jamais arrivé. » Dans son ouvrage, Otto évoque aussi d’autres figures locales : « Le curé du village, l’abbé Lévêque, qui connaissait notre présence dans la maison, les sœurs de l’ordre Sainte-Thérèse, qui non seulement savaient mais venaient régulièrement nous donner des leçons, et le maire, qui était également au courant. »

Jeudi 9 mai, à 10 h 30, un peu avant la cérémonie à la salle polyvalent, une messe à leur mémoire sera d’ailleurs donnée à Salles-d’Angles. Dans l’après-midi, de 15 à 17 heures, les enfants Stacke ouvriront les portes de la maison familiale aux invités et au public. Enfin, une gerbe devrait être déposée au cimetière, où reposent désormais les deux Justes.

Colette Guné

 source: http://www.sudouest.fr/2013/04/26/reconnus-justes-1036238-813.php du26/04/2013