Thionville : un square pour se souvenir des Justes parmi les Nations

Du 04/08/2017

 

 

 

 

 

Le square, situé à deux pas de l’emplacement de l’ancien cimetière juif du quartier Saint-François, a été inauguré en mai 2016. Photo Armand FLOHR

Le square des Justes parmi les Nations, inauguré l’an passé au cœur du quartier Saint-François, constitue désormais un lieu de plus ajouté aux nombreux et illustres lieux de mémoires qui, depuis plus de soixante-dix ans, tentent de faire rempart à l’Oubli.

Thionville, 1941. Après avoir incendié et détruit la synagogue en juillet de l’année précédente, l’occupant nazi s’acharne sur le cimetière juif de la cité nord mosellane. La clôture est enlevée, les pierres tombales arrachées et les tombes nivelées. Une sale besogne conduite en plusieurs étapes, jusqu’en 1942. Seul un monument, essentiellement composé de pierres tombales sauvées du désastre, témoigne aujourd’hui de l’emplacement de ce lieu de sépultures profané.

Printemps 2016 à l’angle des avenues Comte-de-Bertier et de Douai, au cœur du quartier Saint-François de Thionville, c’est-à-dire à quelques mètres à peine de l’ancien cimetière juif thionvillois. Autour de Pierre-François Veil, le président du comité français pour Yad Vashem, les autorités civiles, militaires et les représentants des cultes inaugurent le square des Justes parmi les Nations. Celui-ci accueille une stèle dédiée à la mémoire de Simone Stolze, Jean Augeard et Raymond Pichon. Trois de ces quelque 3 500 consciences officiellement reconnues en France (22 500 dans le monde) jusqu’à ce jour. Des femmes, des hommes qui, durant l’Occupation, sauvèrent avec une « généreuse imprudence » la vie de femmes, d’hommes et d’enfants persécutés pour la seule raison qu’ils étaient juifs.

Cet honneur, les trois Justes thionvillois n’y aspiraient pas forcément. Mais leur comportement extraordinaire dans des circonstances qui l’étaient tout autant le leur a assuré. Et finalement peu importe car là n’est pas tout l’enjeu, qui dépasse tellement ces trois destins pourtant déjà exceptionnels…

Simone Veil, récemment disparue, estimait qu’« en honorant ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l’idéologie nazie, la médaille des Justes contribue à rétablir l’Histoire dans sa vérité ». Honorer la mémoire des Justes constitue par conséquent une manière de faire sentinelle, de tenter d’éviter que l’histoire ne bégaye, comme cela lui arrive parfois… Haïm Korsia, le Grand Rabin de France, ne disait rien d’autre l’an passé quand il affirmait : « Celles et ceux qui arpenteront ce square mettent leurs pas dans ceux de ces Justes ».

C’est bien la vocation d’un lieu de mémoire qu’il s’agisse d’un « objet matériel et concret, éventuellement géographiquement situé » ou d’un « objet le plus abstrait et intellectuellement construit » selon la définition de l’historien et académicien, Pierre Nora : faire de celles et ceux qui l’abordent des « relais de la mémoire ». Dans le cas thionvillois, de celle des rescapés de la Shoah dont le nombre ne cesse de décroître.

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