Un « Merci » posthume au couple Claret-Tournier

Depuis jeudi 20 septembre, le couple de chamoniard Claret-Tournier fait désormais partie des Justes parmi les nations. De 1943 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Fernande et Camille avaient accueilli Berthe Sadkowski, petite fille juive d'origine polonaise, réfugiée dans la banlieue lyonnaise, et l'avaient scolarisée à Jeanne d'Arc.

Une minute de silence après la remise de la Médaille et le diplôme des Justes à Daniel Claret-Tournier.

La famille Slon-Sadkowski, descendants de Berthe aujourd'hui disparue, a souhaité rendre hommage à ces "sauveteurs de l'ombre" avec lesquels ils avaient gardé des liens très forts. Ils ont confié à leur amie Sylviane-Sarah Oling, écrivain, journaliste et fille de déportés, l'organisation de cette cérémonie de remise de Médaille et de diplôme des Justes à Daniel, fils unique des Claret-Tournier.
Et le moment fut riche en émotions en cette école Jeanne d'Arc où M. Morand, directeur de l'établissement, a d'abord souligné la symbolique de ce lieu « pour transmettre tout simplement un grand merci aux Claret-Tournier et commémorer le choix du bien contre le mal ».
Puis ce fut au tour de Mme Osterberger, camarade de classe de Berthe Sadkowski, d'évoquer joyeusement la mémoire de cette petite fille juive « qui avait des yeux magnifiques et un nom de famille pas facile à retenir. Mais je l'avais justement mémorisé parce que ça me changeait des autres enfants ! Je me souviens très bien de Berthe mais j'avais totalement oublié qu'elle avait été hébergée par le couple Claret-Tournier » .

Un couple modeste et discret
Un couple aux qualités reconnues et communes à tous les Justes - une centaine en Haute-Savoie - selon Mme Karo, représentante en France de l'institut israélien Yad Vashem : « Fernande et Camille, en accueillant Berthe, ont fait preuve de lucidité, d'empathie, d'énergie, de sens de l'organisation, de discrétion et d'une grande modestie. » Jean-Yves Slon, fils de Berthe, raconte : « En 1943, par l'intermédiaire du Secours catholique, Fernande et Camille ont accueilli ma mère alors à l'abri dans un orphelinat de Villeurbanne. Fernande a très vite remarqué sa belle éducation et décidé de l'inscrire, à ses frais, à l'école privée Jeanne d'Arc. Un jour, ma mère lui avoue qu'elle est juive et son malaise de participer aux prières. Berthe est alors baptisée à l'église de Chamonix et se sent mieux intégrée à l'école. Et pendant la messe, elle récite des prières pour ses parents. » Très ému, il poursuit : « Camille était guide de montagne. Il a d'ailleurs participé au tournage du film "Premier de Cordée" en tant que porteur de caméra. Les missions de sauvetage, c'était normal pour lui ; toujours dans la discrétion et même au prix de sa vie s'il l'avait fallu. Sauver ma mère, c'était donc juste normal pour lui. Quand nous avons entrepris les démarches pour que Fernande et Camille soient reconnus Justes parmi les Nations, ils étaient octogénaires. Pourtant très touchés, ils ne souhaitaient pas cet hommage et voulaient rester discrets. »
La famille Slon-Sadkowski enracinée à Chamonix
Deux ans après la fin de la guerre, en 1947, la jeune fille est revenue voir le couple Claret-Tournier à Chamonix. Elle est devenue leur filleule et a entretenu jusqu'à sa mort des liens très forts et réguliers avec eux. « La graine que ma mère a plantée à Chamonix est devenue racine et a poussé », confie Jean-Yves. « Mon fils se marie à Chamonix le 21 septembre ! » Une bien jolie façon pour la famille Slon-Sadkowski de dire encore simplement « Merci » au couple Claret-Tournier.

MARIE-PIERRE LAVANANT

source: http://www.lemessager.fr/Actualite/Faucigny/2012/09/30/article_un_merci_posthume_au_couple_claret_tourn.shtml du 27/09/2012