Une esplanade pour se souvenir des Justes du pays d'Aix

Maryse Joissains et Serge Coen ont inauguré l'esplanade des Justes parmi les Nations. Face au Grand théâtre de Provence, le résultat de sept ans de travail.

Estelle et Elina, 11 ans, sont tout fières d'avoir été choisies pour dévoiler la stèle qui porte le nom d'un Juste parmi les Nations. Fières, mais savent-elles au moins pourquoi ?

"Bien sûr, nous l'avons appris à l'école mais nous le savions déjà avant, c'est de la culture générale ! Les Justes sont des personnes qui n'étaient pas juives mais qui ont aidé des juifs à échapper à la mort. Aurait-on fait la même chose à leur place ? Oui, ça c'est sûr : solidarité, fraternité, égalité... Bon, ce n'est pas dans le bon ordre, mais ce n'est pas grave !"

Non, ce n'est pas grave, ce qui importe, c'est l'idée de cette enfant en ce jour d'inauguration rempli d'hommes et de femmes politiques qui redeviennent des hommes et des femmes tout court le temps d'un souvenir. En face du Grand théâtre de Provence, l'esplanade affiche 17 stèles qui portent chacune les noms de Justes qui ont oeuvré au camp des Milles ou dans le pays d'Aix. Autant de noms et d'histoires dévoilés par les élèves de la Nativité et de l'école Juive, puis lus scrupuleusement pendant près de deux heures. Alain Chouraqui, président de la Fondation du mémorial du Camp des Milles, a soutenu le projet : "c'est merveilleux qu'une esplanade rende hommage aux Justes en plein coeur du centre ville d'Aix, un lieu qui donne foi en l'homme, un lieu qui donne de l'espoir." Et le travail a été long : sept ans pendant lesquels "il a fallu trouver un lieu, recenser avec précision les noms de ces Justes parmi les Nations, soumettre le projet au conseil municipal..." se souviennent Jacky Ayache, vice-président de la communauté juive d'Aix-en-Provence et Maurice Milon, tous deux à l'origine du projet, voté par 47 conseillers sur 50.

3800 en France

"Vous avez remarqué qu'il reste une stèle sans nom, relève Maurice Milon. En effet, d'autres dossiers sont, ou vont être instruits par Yad Vashem. Les noms seront inscrits sur ce totem et sur ceux qui seront ajoutés sur cette Esplanade. Nous espérons que seront ainsi honorés le Docteur Reibaud, le Docteur Duponois et Soeur Marie-Adrienne, alors Supérieure du Pensionnat de La Nativité qui avait hébergé et caché, à la demande de son père, Régina Zylberberg alors âgée de 13 ans, et ce à l'insu des enseignants, du personnel et des élèves".

Serge Coen, directeur régional de l'Institut Yad Vashem est gagné par la même émotion : "à l'heure où je vous parle, près de 3 800 Justes parmi les Nations ont été recensés en France. On le constate tous les jours, il ne suffit pas de dire 'plus jamais ça'."

Et puis, en dernier lieu, Maryse Joissains, maire d'Aix, a pris la parole d'abord pour remercier son "ami" le député Jean-David Ciot, pour sa présence : "nous avons été adversaires, il a gagné l'élection législative mais il faut faire preuve de fraternité et non d'exclusion. Nous sommes de gauche, de droite, du centre mais nous sommes avant tout des êtres humains alors ayons le courage de nous comporter comme tels," avant d'orienter son discours vers ceux dont les noms sont inscrits, à jamais, sur ces stèles et dans les mémoires.


Albert et Julie Arbomont. Lucien Arbomont. Edmond et Nelly Bartolini. Auguste et Marie-Jeanne Boyer. Monseigneur Marius Chalve. Louis Couhé. Jean Daniel. Soeur Marie-Gilberte Victoria Depo. André et Georgette Donnier. Pasteur Raymond-Eugène et Robert Ducasse. Pasteur Henri Manen et Alice Manen. Marie-Françoise Payre-Vigué. Révérend Père Joseph-Marie Perrin. Capitaine Henri Rioufol. Abbé Fernand Singerlé. Antoine et Denise Vigué.

 

Nadia Tighidet