Villeneuve-Saint-Georges : la famille reconnue « Juste » pour avoir sauvé un enfant juif

Du 21/02/2019

 

 

 

 

Villeneuve-Saint-Georges, jeudi après-midi. Jean-Jacques Clair (au centre) a été sauvé en 1942 par Roland Marchoix, décédé en 2013 et représenté par sa belle-sœur, Francine Chevalerias (à gauche). LP/C.L. André et Jeanne Marchoix, et leur fils Roland, ont été faits « Justes parmi les nations » jeudi, après avoir sauvé deux enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans la bouche de tous les orateurs une même question : « Et nous, qu’aurions-nous fait ? » En 1942, Roland Marchoix (18 ans) a traversé Paris pour récupérer Jean-Jacques Clair (6 mois) et le mettre à l’abri chez ses parents, Jeanne et André, à Villeneuve-Saint-Georges. Le nourrisson et son frère Pierre y seront élevés comme des fils, quand leurs parents, pourchassés parce que juifs, mèneront la résistance dans le sud du pays.
Jeudi après-midi, à l’espace Cocteau de Villeneuve-Saint-Georges, Roland (décédé en 2013) et ses parents ont reçu à titre posthume le titre de « Justes parmi les nations ». Dans un discours noyé par les trémolos (« Ça ravive des souvenirs familiaux »), la maire (PCF), Sylvie Altman, a salué plus de 70 ans après ces « gestes simples mais qui faisaient courir les plus grands dangers ». Surtout, l’édile a mis en garde : « Si l’antisémitisme rejaillit, il n’est pas inéluctable. Il faut ne rien laisser passer. »

« L’antisémitisme ne s’est pas éteint à Auschwitz »

Réunis par le « devoir de mémoire » et l’hommage à ces « héros sans arme » de la Seconde Guerre mondiale, la quarantaine de personnes présentes n’avaient en tête que le présent et sa litanie d’actes antisémites, qui ont bondi de 74 % en 2018.

« La bête immonde n’est pas morte, alerte Ralph Memran, délégué régional du comité français pour Yad Vashem. Elle a seulement changé d’uniforme et d’argumentaire. » Delphine Gamburg, ministre-conseiller auprès de l’ambassade d’Israël, insiste : « L’antisémitisme ne s’est pas éteint à Auschwitz. […] Il est tombé dans la banalité et le fait divers. »

Les cheveux blancs et le buste légèrement voûté, Jean-Jacques Clair a bien grandi. Aujourd’hui âgé de 76 ans, il s’est battu pour renouer les fils d’une histoire qu’on a tue dans la famille une fois la guerre terminée. Avec l’aide d’une généalogiste, il a pu contacter Roland, son sauveur, en 2013. In extremis : quelques mois après leurs retrouvailles, le désormais « Juste » est mort.

Avec la disparition progressive des derniers témoins, Jean-Jacques en appelle aux « professeurs et hommes d’église », pour passer le relais et le souvenir d’une période pas si loin. Et pourtant : « Quand on voit la manière dont les gens sont ignorants, il faut parfois enfoncer le clou. »

Corentin Lesueur