Villeurbanne – Le chanoine Boursier : Juste parmi les Justes ?

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Dossier n°

Villeurbanne – Le chanoine Boursier : Juste parmi les Justes ?

Du 03/07/2015

 

 

 

 

 


Le 16 juillet, journée nationale, Villeurbanne rend hommage aux Justes de France. La ville en compte onze, onze Villeurbannais qui pendant la guerre ont mis en danger leur propre vie pour sauver ceux que le nazisme vouait à l’extermination, qui ont donné tout son sens au mot « honneur ». Le chanoine Boursier, héros de la Résistance assassiné par les Nazis le 20 août 1944, sera peut-être le douzième. Après plusieurs mois d’enquête, la Ville de Villeurbanne va entreprendre officiellement la démarche de reconnaissance auprès de Yad Vashem .

Plusieurs témoignages évoquent l’action du chanoine pour sauver des Juifs. Les plus importants sont ceux de la résistante Lucie Aubrac, dans une lettre adressée à la famille du chanoine : « J’ai connu l’abbé Boursier en accompagnant chez lui un résistant juif polonais qui venait d’échapper la veille à une arrestation, que nous avions muni de faux papiers et qui avait besoin d’un certificat de baptême pour compléter sa nouvelle identité. J’ai connu à ce moment-là un homme ouvert, chaleureux, bon vivant, identique aux curés de mes villages du Mâconnais qui m’avaient instruite dans la religion catholique. » et de Pierre Moucot, inspecteur de police à Villeurbanne pendant la guerre et lui-même fait Juste à titre posthume en 2004. Dans un document non daté mais attribuable aux années 1944-1945, le Résistant écrit : « À partir de juillet 1941, je suis entré en contact avec deux groupements, dont l’un avec feu l’abbé Boursier, martyr de Saint Genis Laval, avec lui j’ai travaillé en collaboration jusqu’à son arrestation, j’ai fabriqué pour lui 2 701 faux papiers d’identité pour des hommes de la Résistance, des réfractaires au STO, des Israélites, des hauts fonctionnaires civils et militaires ». Le résistant Alfred Brinon atteste, lui aussi, avoir aidé l’abbé pour mettre à l’abri des militants communistes et des Juifs : « 1942 : liaison avec l’abbé Boursier pour la mise à l’abri de communistes et de Juifs poursuivis ». L’abbé aurait même caché des Juifs et des résistants dans la crypte de l’église Sainte-Thérèse.
L’Église aussi entend rendre hommage au chanoine. En octobre 2014, lors des cérémonies anniversaire de sa disparition, Monseigneur Barbarin a exprimé le souhait de voir instruit un procès en canonisation. François Boursier serait alors en compétition avec le pape Jean XXIII – canonisé le 27 avril 2014 et dont le dossier a été déposé auprès de Yad Vashem –, pour être élevé à la fois au rang de Juste et de Saint.
De quoi donner tout son sens – s’il en était encore besoin – au livre et au documentaire que prépare l’historien Alain Moreau. Auteur d’un mémoire de maîtrise d’histoire sur le chanoine Boursier, il a repris il y a plusieurs mois ses recherches sur cette figure emblématique de Villeurbanne.
(1) Institut commémoratif des martyrs et des héros de la Shoah. Les personnes reconnues Justes parmi les nations reçoivent de Yad Vashem un diplôme d’honneur ainsi qu’une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’État d’Israël.