La famille Antier et le petit Jean Wagener

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Mairie de Champtoceaux, Maine-et-Loire (Ph. BCFYV-Bensaadon / DR).

 

Trois Justes à Champtoceaux :
Auguste et Marie-Joséphine Antier (à titre posthume)ainsi que leur fils Auguste

 

L'Echo d'Ancenis et du Vignoble :

- "Auguste Antier a reçu dimanche 29 novembre la médaille des Justes en présence de David Wagener fils de Jean Wagener, qu’il avait recueilli avec ses parents pendant la seconde Guerre mondiale. 
De nombreuses personnalités étaient présentes à la cérémonie. C’est Shlomo Morgan, ministre conseiller à l’information à l’ambassade d’Israël à Paris, qui a décoré Auguste Antier. 
Alfred Shabbah, délégué régional de Yad Vashem, a rappelé que « la médaille des justes était la distinction suprême » décernée par l’état d’Israël à des non juifs pour marquer la reconnaissance du peuple juif."
(15 décembre 2009).

Synthèse du dossier Yad Vashem :

- "La famille Wagener se composait du père, Szlama Wagener, né en 1906 en Pologne, de la mère Fajgla, née Garncarz en 1916 à Pilica, et de leur fils Jean, né en 1935.
Le père, fait prisonnier de guerre, est interné dans un stalag près de Hambourg.
Jean vit alors à Paris avec sa mère au domicile familial qui servait, avant la guerre, d’atelier.
Mais la vie à Paris devient très difficile.

Madame Wagener confie donc son fils à l’association « La Famille du Prisonnier » pour le protéger.
Jean se rappelle encore qu’ils étaient douze enfants au départ de Paris. En septembre 1942, ils sont montés à Cholet dans une camionnette à gazogène qui s’arrêtait dans les villages pour laisser les enfants dans des familles d’accueil.

A Champtoceaux, c’est l’abbé Bricard qui aide les familles juives et qui se charge du placement.
Né le 19 septembre 1924 et fils du boulanger de Champtoceaux, Auguste Antier est chargé de conduire Jean chez une très vieille dame dans une ferme située à l’écart du village. Mais l’enfant est affolé et Auguste retourne chez ses parents pour les convaincre d’accueillir le gamin à leur propre domicile.
Jean, tout de suite, sera considéré comme un membre de la famille.
Pour les villageois, il sera « le petit Parisien ». Seule la famille Antier et l’abbé Bricard connaissaient ses véritables origines.

Jean reste deux ans chez les Antier, soit jusqu’à la Libération.
Quand ses parents viennent le chercher, la séparation sera difficile.
Durant de longues années, il continuera à passer ses vacances d’été chez les Antier, et leurs liens perdureront au fil des ans."

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Le Pr. Alfred Shabbah, délégué du Comité Français pour Yad Vashem et Auguste Antier fils, Juste parmi les Nations (Ph. BCFYV-Bensaadon / DR).

Auguste Antier :

- "Mon père était boulanger, j’avais 18 ans et je faisais les livraisons de pain dans la campagne. L’abbé Bricard, un vieux monsieur énorme avec une grosse ceinture, s’activait pour sauver les enfants juifs, et aidait les prisonniers par des collectes de colis. 
C’est lui qui a accueilli Jean Wagener et il m’a chargé de le conduire à l’Aujardière dans la remorque de livraison du pain qui était accrochée à mon vélo. La dame préférait recevoir une fille. En plus, Jean a été surpris de voir cette femme tout habillée en noir, la maison était sombre, il a cru être chez une sorcière. 
J’étais très ennuyé. J’ai donc ramené Jean chez l’abbé Bricard. Il fallait trouver une solution, l’abbé m’a dit : " Garde-le, il sera bien chez toi". Je l’ai donc ramené à la maison."

Shlomo Morgan, Ministre-Conseiller à l’Ambassade d'Israël :

- "En janvier 2007, la France a rendu un vibrant hommage aux Justes parmi les Nations, introduits au cœur du Panthéon. Toute la France a été touchée par la reconnaissance enfin étalée au grand jour de ces héros ordinaires.
Ordinaires ?
On a tendance à le croire, tant ils sont humbles et discrets, au point que l’on commence à peine à évoquer le terme de « résistance civile ». Quand on écoute l’histoire des Justes, tous - quels qu’ils soient- on se rend compte qu’ils sont extraordinaires.
Car souvenons-nous : des années déjà avant la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont diabolisés, déshumanisés, et - petit à petit - mis au ban de la société. Entre 1940 et 1945, la France traverse la période la plus sombre de son histoire. Elle a capitulé devant l’Allemagne nazie et les Juifs sont fichés, pourchassés comme des bêtes, raflés et persécutés.
La barbarie nazie est une machine de mort infernale, minutieuse, qui ne laisse rien au hasard. Personne n’est épargné : hommes, femmes, enfants et vieillards.
Plus de 76.000 Juifs - un quart de la population juive en France - ne pourront échapper à un destin tragique et seront exterminés dans les camps de la mort.
Six millions de Juifs en Europe seront ainsi assassinés dans ce qui constitue le plus grand crime industriel de l’histoire de l’humanité.
La période est sombre. La France connaît ses collaborateurs, de triste mémoire, qui non seulement aident les nazis, mais parfois même les devancent dans leur entreprise. La France, c’est encore une grande majorité silencieuse et passive, parfois par indifférence, souvent par peur.
Mais la France, c’est aussi de merveilleux éclats de lumières qui surgissent de l’obscurité. Alors qu’ils pouvaient fermer leurs yeux, passer en silence, ils ont été happés par le drame et se sont mis en danger de mort, eux et leur famille, pour sauver des Juifs. Ils l’ont fait avec toute leur âme, tout leur cœur. Certains y ont laissé leur vie.
Ordinaires ? C’est vrai que les Justes considèrent que ce qu’ils ont fait était naturel, qu’il n’aurait pu en être autrement, et même qu’ils auraient dû en faire plus. Mais on voit bien que les Justes n’ont pas seulement sauvé des innocents d’une mort certaine, muraille contre la barbarie ; ils ont sauvé la dignité de l’homme, ils ont sauvé l’honneur de la France. Le Talmud va même plus loin, quand il dit : « Qui sauve un homme sauve l’humanité entière ».
Le peuple juif n’oublie pas. Ni les bourreaux et leurs collaborateurs. Ni ces Justes, êtres exceptionnels, lumières des nations. Ils nous rappellent que le courage se trouve bien souvent hors des idées reçues partagées par la majorité.
Chers amis,
Dans une génération, il n’y aura plus de témoin vivant de la Shoah. Il restera les livres, les musées, les photos, les documents. Et cette blessure indélébile dans le cœur de l’humanité, cette déchirure immense.
Il incombe à tous de préserver le souvenir précis de cette tragédie humaine. Pas seulement pour la mémoire des morts sans sépultures. Pas uniquement pour honorer les Justes, ces perles de l’humanité. Mais aussi pour préserver notre avenir à tous. La mémoire est un outil indispensable à l’homme pour se construire dans le futur. On ne bâtit rien sur l’oubli ou le mensonge.
L’antisémitisme n’a pas disparu. La haine et le totalitarisme non plus. Le radicalisme refait surface en Europe, au Moyen-Orient, partout où il peut. Les expressions de haine vis-à-vis des Juifs et d’Israël prennent des formes intolérables. On le voit avec le Président iranien, qui appelle à anéantir Israël. On le voit avec le président vénézuélien qui lui emboîte le pas. On voit un refus de reconnaître au peuple juif son droit à l’indépendance politique. On voit même un déni de reconnaître l’Etat d’Israël et une volonté affichée de le détruire.
Aujourd’hui, le peuple juif a retrouvé sa patrie et la liberté. La renaissance de l’Etat d’Israël est une barrière contre la haine, mais l’Histoire nous a appris à ne jamais sous-estimer les menaces, même quand elles changent d’acteurs.
La Médaille des Justes parmi les Nations est la plus haute distinction de mon pays, et c’est avec un très grand honneur et une immense gratitude que je la remets aujourd’hui au nom du peuple juif et de l’État d’Israël.
Chers Justes, nous vous sommes à jamais reconnaissants de ce que vous avez accompli au péril de votre vie. C’est ce qui nous donne encore la force de croire en cette humanité.
Merci à vous du fond du cœur."

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Le Juste et fils de Justes, Auguste Antier aux côtés de Shlomo Morgan, Ministre-Conseiller à l'Ambassade d'Israël à Paris (Ph. BCFYV-Bensaadon : DR).

Message de David de Rothschild, Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah :

- "C'est avec regret que je ne peux être présent lors de cette cérémonie au cours de laquelle sera remise, la médaille des Justes parmi les Nations à M. AUGUSTE ANTIER et à ses parents AUGUSTE et MARIE-JOSEPHINE ANTIER, à titre posthume, pour avoir sauvé la vie de Jean WAGENER durant la Seconde Guerre mondiale.
Alors que nous saluons cet acte de courage et d'humanité, il est essentiel de rappeler que dans la plupart des pays européens, la grande majorité des communautés juives a été décimée dans les camps d'extermination ou, comme ce fut d'abord le cas, dans les forêts et villages d'Ukraine, de Pologne, de Lituanie ou de Biélorussie.
En France, 76.000 Juifs - dont 11.000 enfants - ont été déportés, avec la complicité des autorités du gouvernement de Vichy. Après la guerre, seuls 2.500 Juifs sont revenus ; aucun enfant ne se trouvait parmi eux. Il faut cependant rappeler que les trois quarts des Juifs, en France, ont eu la vie sauve. Car, partout dans notre pays, il y eut des hommes et des femmes de cœur et de courage, qui ont aidé des Juifs. Ces actes individuels ou collectifs n'allaient pas de soi à une époque où la vindicte générale se déchaînait.
Au moment où la barbarie la plus absolue régnait dans les camps, ces « Justes parmi les Nations », reconnus par l'Institut Yad Vashem de Jérusalem et honorés par l'Etat d'Israël, ont non seulement sauvé des vies humaines, mais aussi incarné l'honneur de l'humanité qui, grâce à eux, n'a pas totalement sombré à Auschwitz.
Ce sont ces Justes, comme AUGUSTE et MARIE-JOSEPHINE ANTIER- CUSSONNEAU, et leur fils AUGUSTE, ainsi que tous ceux restés jusqu'à ce jour inconnus, que Jacques CHIRAC et Simone VEIL ont souhaité honorer à travers l'hommage national qui leur fut rendu en 2007. Leur mémoire, aujourd'hui gravée dans le marbre du PANTHEON, nous rappelle à tous que l'Histoire est constituée d'une longue chaîne de responsabilités, individuelles et collectives, et que chacun de nous en est un maillon précieux, qui fait que l'Histoire chavire ou au contraire avance.
AUGUSTE et MARIE-JOSEPHINE ANTIER-CUSSONNEAU, et leur fils AUGUSTE ANTIER, à qui l'on décerne aujourd'hui la médaille des Justes l'ont faite avancer. Ils ont été, comme on peut le lire désormais dans la crypte du Panthéon, des «lumières dans la nuit de la Shoah».
Que leur action courageuse soit une fierté pour leur famille, leurs amis, leur ville et notre pays.
En honorant aujourd'hui leur mémoire, nous témoignons de notre attachement aux valeurs de justice et de paix pour lesquelles ils n'ont pas hésité à mettre en péril leur vie et celle de leurs proches."

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David Wagener, fils de l'enfant caché et Auguste Antier, l'un des sauveurs de son père (BCFYV-Bensaadon / DR).