Quand la famille Perthuis prenait tous les risques pour la famille Prezman

Lucien et Elise Perthuis, Justes parmi les Nations...

Hommage qui leur sera rendu, le 12 novembre, à l'Hôtel de Ville de Paris :

- "Nous sommes en 1931. Golga Jablonka et Samuel Prezman fuient Varsovie où sévissent l’antisémitisme et la crise économique, pour se réfugier en France. Ils s’installent dans un deux pièces, au 16, Cité Popincourt, dans le 11ème arrondissement. Leur fille Suzanne naît en 1932, puis son frère Gabriel.
Les Prezman entretiennent d’excellentes relations avec leurs voisins de palier, les Perthuis, dont le fils Roger est étudiant en droit.

Survient la rafle du 16 Juillet 1942. La veille, un agent de police qui habite la Cité, inquiet d’avoir été réquisitionné cette nuit-là, comme tous ses collègues, a le courage de prévenir les Prezman. Aussitôt, une chaîne de solidarité se met en place. Suzanne et sa tante sont hébergées chez une amie. Les parents se réfugient dans leur atelier, Gabriel, chez un ami de classe. La nuit est mouvementée, troublée par des cris et des pleurs.
Le lendemain le calme semble revenu. Les Perthuis recueillent la famille Prezman. C’est alors que la police française revient les chercher vers midi.
Lucien Perthuis sort sur le palier, laissant la porte ouverte. Il se plaint de n’avoir pu dormir à cause du bruit et déclare qu’il ignore où se trouvent les Prezman, partis en vacances depuis huit jours, alors qu’en réalité ils étaient cachés sous son lit.
Le risque était grand pour lui et sa famille, mais il n’a pas flanché.

Depuis ce jour, jusqu’à là Libération, et même après, Elise et Lucien Perthuis n’ont jamais cessé d’aider et de secourir les Prezman.
Dans un très beau témoignage, Madame Jeanne Perthuis, épouse de leur fils Roger, nous rappelle que ce jour-là, tous les juifs sauvés l’ont été grâce à des non juifs, qui ne se sont pas pris pour des héros, mais pour des humains.

Il s’agissait donc de mettre en sécurité la famille Prezman en la dispersant, ce que les Perthuis ont pris en charge. Différents logements ont été trouvés pour leurs protégés, grâce à Lucien Perthuis qui prenait en outre le risque de chercher les tickets de rationnement pour les Prezman et de les leur apporter chaque mois.
De plus dans un climat de confiance totale, Samuel Prezman lui avait confié toutes ses économies. Si bien qu’il leur remettait à chaque visite ce qui leur était nécessaire.

La protection de Suzanne était assurée par Madame Perthuis qui l’avait placée dans un institut catholique de jeunes filles à St-Mandé, se chargeant elle-même de régler sa pension et de se déclarer responsable pour elle. Seule la Directrice savait que cette élève était juive. Là encore, Elise Perthuis prenait de grands risques.
De temps à autre, Suzanne rendait visite à ses parents dans un petit appartement loué à Joinville sous un faux nom.

Pendant cette affreuse période, les appartements des juifs, pillés et vidés de leur contenu, étaient reloués.
Mais Monsieur Perthuis n’était jamais à court d’astuces. S’introduisant par une fenêtre chez les Prezman, il y répandit des monceaux de détritus, si bien que tous les candidats se découragèrent.
Ainsi, grâce à la précieuse amitié des Perthuis, la famille Prezman put réintégrer son appartement après la libération, mais il était vide.
Qu’à celà ne tienne, leurs bienfaiteurs les aidèrent à nettoyer les lieux, et avec leur générosité habituelle, leur fournirent les meubles et objets de première nécessité.

La reconnaissance des Prezman et les relations d’amitié entre les deux familles ont perduré jusqu’à la disparition des uns et des autres.
Actuellement, Suzanne Prezman est toujours amie avec Corinne Perthuis, la petite-fille de nos deux héros, Elise et Lucien Perthuis."

 

Cette cérémonie de reconnaissance de 10 nouveaux Justes parmi les Nations est annoncée des pages 79 à 83 de ce blog. Elle aura pour cadre prestigieux l'Hôtel de Ville de Paris.