Un témoignage hallucinant

 

 

 

Sur trois petits cahiers, en cachette, Otto Fischl a consigné les deux années vécues avec sa famille dans la maison des Stacke. En français - la famille vivait à Paris depuis 1938 - il raconte le quotidien, les disputes du couple Stacke, la guerre vécue depuis la Charente et par les informations diffusées à la radio.

C'est Agnès Stacke qui a permis que ces cahiers soient publiés. Sans enlever une virgule. Un témoignage hallucinant, souvent drôle, de la guerre dans les mots d'un adolescent. Extraits.

9 décembre 1943. Ce matin, une vieille femme m'a vu, c'est jouer de malheur. Je projette de m'amuser avec des cubes et de faire des invasions. Quant à la véritable invasion, elle n'a pas l'air d'arriver.

10 février 1944. Les nouvelles sont nulles et c'est désespérant, rien et rien. C'est aujourd'hui qu'il faut donner le foin [aux Allemands, NDLR], mais Sa Majesté M. Stacke ne le donnera pas. Il a la tête dure, les autorités aussi, je crois qu'il ne va rien arriver de bon.

28 février 1944. Hitler est malade et je lui souhaite de crever comme un chien malgré les exhortations de la soeur qui dit qu'il ne faut pas dire ça, qu'il faut aimer même ses ennemis. C'est fort bien, mais Hitler n'est pas un ennemi ordinaire.

28 août 1944. J'ai peur de la mort, une horrible peur, je voudrais mourir sans le savoir, mais être fusillé, non. J'imagine toujours un mur, un peloton de soldats, un officier, Feuer !, 12 détonations, l'exécuté tombe, le coup de grâce dans l'oreille, brrr, j'en ai froid dans le dos. Enfin, j'espère que je l'éviterai. Nous avons tenu deux ans, nous tiendrons encore un ou deux mois avec l'aide de Dieu.

3 septembre 1944. C'est vrai Cognac est libérée avec les environs, la mairie a déjà le drapeau français. Nous, nous en avons mis trois: le tchèque, le français et l'américain. C'est idiot le français aurait suffi, mais ils sont si têtus. Attendons les événements. Quand sortirons-nous? L'après-midi, nos drapeaux ont été volés. Des partisans se promènent avec des brassards FFI. M. Stacke a été traité de «boche» et de «collaborateur». Pour se disculper, il a montré mes parents, n'est-ce pas trop tôt? Le soir, une nouvelle disant qu'une colonne allemande arrive, cela nous a refroidis.

12 septembre 1944. Un nouveau journal paraît, intitulé La Charente Libre. La plus grande nouvelle est que les Allemands ont essayé de débarquer en Charente-Maritime, l'invasion a échoué. Je prévois le moment où Hitler essayera de débarquer en Allemagne.

En Australie. Otto et Alex vivent depuis 1950 en Australie. À 80 ans passés, ils continuent de travailler dans l'entreprise de cuir familiale et entretiennent des liens réguliers avec les enfants Stacke.

 

source: http://www.charentelibre.fr/2012/05/11/un-temoignage-hallucinant,1094569.php du 11/05/2012