Une Juste n’est plus…

Accueil/Articles et documents/Une Juste n’est plus…

Une Juste n’est plus…

Dossier n°

Une Juste n’est plus…

None

Marie-Rose Gineste, Juste parmi les Nations (DR : BCFYV).

Marie-Rose GINESTE vient de s’éteindre
YAD VASHEM est en deuil

Hommage de Monique Kahn, déléguée du Comité Français pour Yad Vashem :

– « Lors de l’invasion nazie, cette montalbanaise, grande figure de la Résistance du Tarn et Garonne, femme de cœur et d’action, chrétienne convaincue, était attachée aux services sociaux de l’Evêché de Montauban. Dès l’appel du 18 juin 1940, elle choisit son camp et, le courage chevillé au corps, elle devint une des rares femmes à diriger des organisations clandestines : elle diffusa les premiers journaux de la Résistance (Combat, Témoignage Chrétien), participa activement à la mise en place du MUR (Mouvements unis de la Résistance), fabriqua des faux papiers, cacha des aviateurs alliés, hébergea un poste émetteur, transporta des explosifs et assura le sauvetage d’un nombre de juifs que l’intensité de ses actions rend incalculable.

Lorsque Monseigneur Théas, Evêque de Montauban, ému et révolté par la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942, entra activement en résistance, il lui remit le texte de sa fameuse lettre pastorale de protestation avec mission de « la ronéotyper d’urgence et de l’expédier à tous les curés du diocèse ». De sa propre initiative, se méfiant de la censure postale, la jeune femme enfourcha son vélo et parcourut cent kilomètres par jour pour remettre chaque pli en mains propres. Le 30 août 1942, la précieuse missive était lue dans toutes les églises de la région et mondialement diffusée dès le lendemain sur les ondes de la BBC, par la voix de Maurice Schumann, dans l’émission « Les français parlent aux français ».

Officier de la Légion d’Honneur, Marie-Rose GINESTE fut décorée de la Médaille de la Résistance, de la Médaille Militaire, de la Croix de Guerre avec Palmes et de la Croix du Combattant Volontaire, mais la distinction qu’elle avait, disait-elle, reçue avec le plus d’émotion, c’était la Médaille des Justes, qui lui avait été attribuée par l’Etat d’Israël en 1983.

Cette vieille dame modeste et discrète, que l’on appelait respectueusement «Mademoiselle Gineste » allait bientôt avoir cent ans. Troublante coïncidence, elle nous a quittés le 30 août 2010, soixante huit ans jour pour jour après que la lettre de Monseigneur Théas ait été lue en chaire.

Symbole de son héroïsme et de notre reconnaissance, la bicyclette bleue avec laquelle elle a ouvert le chemin de notre Liberté est exposée au Musée de Yad Vashem de Jérusalem. »