Carcassonne La médaille des "Justes" pour avoir caché des Juifs en 1941

"Celui qui sauve une vie, sauve l'humanité". Cette phrase tirée du Talmud, l'un des textes fondamentaux du judaïsme, a été citée à deux reprises, hier, à la salle polyvalente d'Alzonne, où l'on remettait la médaille des "Justes parmi les nations" à deux familles audoises.
Le consul d'Israël (à gauche) a remis la médaille des "Justes" à Denise Rastouil, née Guilhem (assise), et à Robert Henry. A droite : Jean Karger, caché à Alzonne, chez la famille Guilhem, lorsqu'il était enfant. PHOTO/Photo Christophe Barreau

Entre 1941 et 1945, en effet, Achille et Alphonsine Henry, à Carcassonne, et Louis et Hélène Guilhem, à Alzonne, ont protégé les Karger, des Juifs polonais menacés de déportation par le régime nazi.

"Le devoir de désobéir quand on pense que la loi n'est pas bonne"


La cérémonie réunissait les descendants des deux familles au côté de Jean Karger, âgé d'un an et demi en 1941, et à l'origine des démarches pour faire reconnaître le geste courageux des Henry et des Guilhem.

Plusieurs élus du canton, le préfet de l'Aude, les représentants régionaux du comité Yad Vashem - qui attribue cette décoration - ainsi que le consul général d'Israël en France, étaient présents. Le maire d'Alzonne, Jean-Marie Salles, évoquait "le devoir de désobéissance quand on pense que la loi n'est pas bonne". Régis Banquet, conseiller général du canton d'Alzonne, rendait hommage "à la témérité, à l'implication" des familles Henry et Guilhem.

Le préfet Eric Freysselinard rappelait, quant à lui, que son arrière-grand-père, le président de la République Albert Lebrun, avait, à cette époque "bloqué un premier statut des Juifs à Bordeaux". Enfin, Edith Moskovic, déléguée régionale du comité Yad Vashem, elle-même enfant cachée pendant la guerre, lisait des extraits du témoignage de Denise Rastouil, la fille de M. et Mme Guilhem, alors adolescente.

On y apprenait comment Jean Karger, bébé, avait été conduit jusque chez ses protecteurs, à Alzonne, "enveloppé dans un sac". "C'était un enfant chétif, qui avait toujours froid. Ma grand-mère le prenait dans son lit pour le réchauffer". Les Guilhem allaient devenir sa seconde famille.

Hier, Denise Rastouil et Robert Henry ont reçu la médaille des "Justes" au nom de leurs parents, aujourd'hui disparus. Jean Karger leur a renouvelé ses remerciements, pour lui et les siens, la voix brisée par l'émotion.


« Ils ont sauvé la dignité du genre humain »

C’est en des termes très forts que le consul général d’Israël à Marseille, Barnéa Hassid, qui s’était déplacé hier à Alzonne, a exprimé sa gratitude aux deux familles de « Justes ». « Ils ont sauvé la dignité du genre humain, a déclaré le diplomate avant de remettre les deux médailles accompagnées d’un diplôme. Leurs actes doivent rester un modèle d’éducation ».

Des actes accomplis avec « courage, modestie et sens du devoir », a-t-il souligné. M. Hassid a en outre assuré les Guilhem et les Henry de « la gratitude du peuple juif et de l’Etat d’Israël. Nous leur sommes infiniment reconnaissants. Leurs noms entrent désormais dans l’histoire ».
La médaille des « Justes parmi les nations » est la plus haute distinction civile de l’Etat d’Israël.


« Non juifs vertueux »

« En hébreu, l’expression « Justes parmi les nations » désigne les non Juifs vertueux », a rappelé hier Michaël Lancu, l’un des délégués du comité Yad Vashem en Languedoc-Roussillon. On compte à ce jour, près de 3 700 « Justes » médaillés en France, dont les noms sont gravés sur le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem. Jean Karger compte d’ailleurs demander à l’un de ses cousins, installé en Israël, de photographier les noms des Guilhem et des Henry lorsqu’ils figureront sur le monument, afin de garder un souvenir de cette reconnaissance officielle.

source: http://www.lindependant.fr/2012/11/06/la-medaille-des-justes-pour-avoir-cache-des-juifs-en-1941,177369.php#Séquence_1 du 06/1/2012