La ville de Moissac veut être reconnue ville de Justes

 

PHOTO/. Photos "Association Moissac ville de Justes oubliée"

Cinq cents enfants juifs ont été sauvés de la barbarie nazie dans cette bourgade du Tarn-et-Garonne, avec la complicité des habitants. Un colloque le rappelle ce week-end.Qui le sait ? La paisible bourgade de Moissac a sauvé 500 enfants juifs de la barbarie nazie. Ils venaient de Pologne, d'Autriche, d'Allemagne et de France, leurs parents étaient déportés dans les camps de la mort ou cachés. Ils ont été recueillis dans la Maison des enfants, une grande bâtisse au bord du Tarn ouverte par le jeune couple d'éclaireurs juifs Bouli et Shatta Simon. Pas moins de 500 enfants sont passés au numéro 18 du quai du port avant de se réfugier en Angleterre, aux Etats-Unis ou ailleurs, de 1939 à 1943. Sur place, il y avait en permanence 150 à 200 enfants juifs qui jouaient, célébraient les fêtes religieuses, allaient à l'école communale quand ils connaissaient assez le français. Personne ne les a dénoncés. Mieux, le secrétaire de mairie a fait des fausses cartes d'alimentation et d'identité. Des habitants ont donné leur identité. "La population nous appelait la colonie", se souvient Jean-Claude Simon, fils des fondateurs de la Maison. "Le gouvernement de Vichy avait remplacé le maire par le docteur Molle, mais c'était un humaniste qui a contribué à la fabrication de faux papiers ! raconte le maire Jean-Paul Nunzi (PS). Je crois qu'il y avait aussi des collaborateurs dans la population mais personne n'est allé jusqu'à dénoncer des enfants." Mais après l'occupation de la zone sud, des juifs sont arrêtés à Moissac. Shatta Simon ferme la Maison en 1943 et organise la plan du 27/04/2013que des enfants sous de faux noms. Ils sont dispersés dans des familles dans la campagne, en Espagne et en Suisse, avec le soutien de la "sixième", l'organisation résistante des éclaireurs juifs. Gabriel Cohn-Bendit, frère aîné de Daniel, est caché chez un architecte. "Le couvent a sauvé une dizaine de filles juives", se souvient Jean-Claude Simon, lui-même caché chez un peintre en bâtiment. Tous les enfants furent sauvés et comme promis, tous se retrouvèrent à Moissac le premier shabbat après la Libération.

Peu de traces de cette histoire

La guerre finie, beaucoup d'enfants juifs étaient orphelins. Le couple Simon utilisa cette fois le grand moulin de Moissac comme centre d'apprentissage jusqu'en 1953. Aujourd'hui, la Maison appartient à un particulier et il reste peu de traces de cette histoire dans la ville de briques roses si ce n'est la plaque Shatta et Bouli Simon qui nomme la place devant la Maison. Mais, demain, l'esplanade du Moulin sera rebaptisée "Esplanade des Justes parmi les nations". Pour faire reconnaître le rôle de la ville dans l'Histoire, l'association "Moissac ville de Justes oubliée" organise ce week-end un colloque avec des historiens, Serge Klarsfeld et Jean-Raphaël Hirsch, président du comité français de Yad Vashem, le mémorial israélien qui sélectionne les "Justes parmi les nations". A Moissac, seules quatre personnes sont reconnues Justes : le secrétaire de mairie Manuel Darrac qui a établi les fausses cartes pour les enfants, son assistante Alice Pelous, le charbonnier Jean Gainard qui a caché et donné son identité à des enfants, Henriette Ducom qui a laissé son identité à Elisabeth Hirsch, la sœur de Shatta, pour qu'elle fasse sortir des enfants des camps de Gurs et de Rivesaltes. Jean-Claude Simon aimerait que davantage d'anonymes et même toute la ville soient nommés Justes, à l'image de la région du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) entièrement reconnue en 1990 pour avoir sauvé 5 000 juifs. Car, dit-il, "il n'y a pas beaucoup d'exemple de complicité de sauvetage de maison d'enfants juifs... ». 75 000 Juifs ont été déportés de France dont 11 400 enfants. Pas moins de 500 enfants sont passés au numéro 18 du quai du port

Laurent Marcaillou

source:http://www.lindependant.fr/2013/04/27/la-ville-de-moissac-veut-etre-reconnue-ville-de-justes,1749471.php du 27/04/2013