Retour sur un épisode de la Seconde Guerre mondiale autour de Pont-à-Mousson

Du 21/12/2015

 

Emile et Geneviève Thouvenin se sont comportés en héros pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

 

L’arche des Thouvenin

Retour sur le comportement héroïque de cinq personnes déclarées Justes parmi les nations.

A la fin de l’hiver 1944, la famille Hoffmann habite au No 7 de la rue des Prêtres (rue Thibault-II aujourd’hui). Berthe, la maman, vit là, au-dessus de la boulangerie de Germaine Bour et de son mari, avec ses quatre enfants. Le père a déjà été raflé en 1943 et emmené au camp d’internement de Drancy. Les Hoffmann sont juifs. Le 1er mars 1944, la nouvelle se répand sur Pont-à-Mousson : les Nazis s’apprêtent à se lancer dans une nouvelle rafle sur Pont-à-Mousson.

Le même jour, Eugénie, fille cadette de la famille, est en cours au lycée Marquette quand son professeur de piano la prévient qu’une rafle est prévue le lendemain. Eugénie alerte sa maman qui cache immédiatement son fils Arnold chez Victor et Cécile Hergott, un couple de ferrailleurs habitant le quartier Saint-Laurent. Ils le garderont auprès d’eux jusqu’à la fin de la guerre. Le lendemain, quand les Nazis arrivent rue des Prêtres, Berthe Hoffmann se cache avec ses trois filles dans le fournil de Germaine Bour. Odette Careme, épouse Retro, Bellédonienne aujourd’hui, a 18 ans à l’époque et travaille pour les Bour. Elle témoigne : « Dans les jours qui ont suivi, j’ai dû faire plusieurs allers-retours jusqu’au bout de la rue avec des valises contenant les effets des Hoffmann. Je suppose qu’elles étaient cachées là-bas. »

En effet, Eugénie, sa maman et leurs deux sœurs attendent d’être mis en lieu sûr. C’est un autre boulanger, Lucien Louyot, qui va contacter Emile et Geneviève Thouvenin, agriculteurs à Limey-Reménauville, pour leur demander d’accueillir les Hoffmann. Les deux sœurs aînées seront cachées dans une ferme un peu plus loin, Eugénie la cadette et sa maman resteront chez les Thouvenin. « Un jour, Monsieur Thouvenin nous a dit, je vais chercher les cousines », se remémore Madeleine Perrin, 16 ans en 1944, qui travaillait à la ferme. « Tout simplement. Et elles sont restées jusqu’à la fin de la guerre. On se doutait bien de quelque chose, mais on ne posait pas de questions », conclut la petite dame qui habite Maidières aujourd’hui.

Cinq Justes parmi les nations

Pendant ces mois de guerre, la ferme des Thouvenin ressemble à une arche. Dans le grand corps de bâtiment de l’exploitation et ses dépendances, en plus d’Eugénie et de sa mère, Emile et Geneviève abritent toute une communauté de « fuyards », composée de réfractaires au STO, d’un réfugié polonais, de deux aviateurs anglais dont l’appareil a été abattu non loin de là. Le tout en participant activement à un réseau de résistance. « C’était incroyable ce qui se passait là-haut », se remémore Raymond Vincent, 15 ans en 1944, garçon de ferme. « Souvent, des gens qu’on ne connaissait pas arrivaient et se mettaient à table. Personne ne disait rien, tout simplement. Il y avait toujours de la place chez les Thouvenin, qui ne demandaient jamais rien. »

Pour toutes ces actions, et parce qu’Eugénie et sa famille qui ont immigré aux États-Unis en 1948 y ont tenu, Emile et Geneviève Thouvenin, Lucien Louyot, Germaine Bour, Victor et Cécile Hergott ont été déclarés Justes parmi les nations par le mémorial Yad Vashem. Il n’y a que 3.980 Français qui ont eu droit à cette distinction. Ils ont su faire preuve d’un immense courage, et se dresser au mieux contre l’indifférence, au pire contre la collaboration, pour laisser parler leur humanité. Des gestes, qui aujourd’hui encore, gardent leur portée universelle.

Patrice BERTONCINI