Lieu de mémoire

Square Marie et Auguste Colin

Localisation

Ville : Epinal (88026)

Département : Vosges
Région : Lorraine

Commentaire

Square adjacent à Chantreine et Epinal

Date d'inauguration

lundi 24 septembre 2012

Type de lieu

Square

Juste(s) concerné(s)

Marie Colin
Auguste Colin

Discours de M. Michel HEINRICH

Maire d’Epinal – Député des Vosges

________________

Dévoilement de la plaque du square Marie et Auguste Colin

 

Monsieur le Sous-Préfet,

Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs les Élus,

Monsieur le Représentant du Comité Français pour Yad Vashem,

Monsieur le Vice-Président de la Communauté Israélite d’Epinal,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Cher Gabriel COLIN,

C’est avec émotion que je me trouve aujourd’hui à vos côtés, à l’occasion de cette cérémonie de dévoilement de la plaque du square qui, désormais, portera le nom de Marie et Auguste Colin.

Ce moment de grande portée symbolique est une opportunité de rendre un hommage légitime et mérité à une femme, Marie, à un homme, Auguste, qui au cœur de cette période trouble que fût l’occupation, ont su n’écouter que leur courage et leur conscience pour sauver deux enfants des griffes du destin funeste qui leur était réservé.

Mesdames, Messieurs,

Qu’il fût douloureux ce jour de juillet 1942 où, secondés par des agents de la police de collaboration, la Gestapo procédait à Epinal à l’arrestation de Paul et Cyrla GLICENSTEIN, un couple de citoyens français discrets et sans histoire qui habitait rue des Minimes, et dont le seul tort fût d’être juif.

Transférés d’abord à Drancy, ils sont ensuite déportés au camp d’Auschwitz. Ils n’en reviendront jamais, laissant derrière eux deux jeunes filles inconsolables, Ida, 14 ans et Josette, âgée d’à peine 4 ans.

Ida, Josette, deux enfants innocentes, victimes d’une guerre cruelle et d’une haine d’adultes criminels qui les auront blessées et meurtries à jamais.

Pourtant, dans cet océan de folie où cette effroyable « banalité du mal »[1] a laissé libre cours aux esprits les plus vils, apparût une lueur. Une lueur de l’espoir. La lueur de la vie.

Cette lueur, elle fut apportée par ces deux simples citoyens sans titre ni grande richesse, qui pourtant firent preuve d’une humanité sans borne, d’une générosité empreinte d’abnégation qui force encore aujourd’hui le respect et notre présence ici en témoigne.

Pour Marie et Auguste Colin, l’existence n’avait de sens que dans le respect de leurs valeurs profondes et dans l’amour de l’autre. En dissimulant dans leur ferme Chantrainoise Ida et Josette, les époux Colin ont décidé de chérir ces jeunes filles comme leurs propres enfants,

les éloignant du regard des voisins, brouillant les pistes que pourraient suivre les informateurs, pour les protéger.

Dans leur acte d’humanité, Marie et Auguste ne furent pas complètement seuls. Ils purent compter sur l’aide, la discrétion et le soutien de la famille THIRIET pour qui je veux aussi rendre en ce jour, un hommage appuyé.

En l’occurrence, Marie et Auguste eurent ce courage rare et cette force qui, dans ces moments de l’histoire où le règne de l’horreur l’emporte, la vérité personnelle de chaque homme, de chaque femme, se révèle.

Héros anonymes, qui ne recherchaient en rien la reconnaissance, les époux Colin surent offrir à ces deux enfants tout l’amour et la protection que la Nation défaillante ne leur assurait plus.

Mesdames, Messieurs,

Cette attitude courageuse, cette position exemplaire, ont valu à Marie et Auguste Colin de se voir attribuer à titre posthume en 2008, au cours d’une cérémonie à l’Hôtel de Ville d’Epinal, le titre de « Juste parmi les Nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs » remis par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem et constituant la plus haute distinction honorifique de l’Etat d’Israël.

Par cette reconnaissance, les époux Colin ont rejoint pour la postérité ces 3659 Français qui, dans les méandres d’une époque marquée par une folie sans limite, ont su faire honneur à notre humanité.

A notre manière, en dénommant aujourd’hui ce « square Marie et Auguste Colin – Justes parmi les Nations », nous participons collectivement à cet acte de reconnaissance et nous faisons perdurer la mémoire de ceux qui ont risqué leur vie pour sauver leur prochain.

Mesdames, Messieurs,

Plusieurs décennies se sont écoulées, et notre pays, grâce à l’action de ces hommes et femmes qui n’ont pas tergiversé avec nos valeurs essentielles, se sont battus pour défendre les principes qui sont aux fondements de notre République.

Pourtant, certaines des vieilles peurs qui nous ont déjà conduit à l’irréparable, continuent à être instrumentalisées, par des courants de pensée qui on su sophistiquer leur discours.

 Et dans un contexte de malaise identitaire, ressenti aussi bien ici en France, que partout ailleurs en Europe et dans le reste du Monde, l’histoire doit nous servir de rempart contre les dérives  que pourraient provoquer, à nouveau, la résurgence de propos populistes, haineux, trop souvent irresponsables et nous le constatons tous les jours, de plus en plus dangereux.

C’est pourquoi il est nécessaire d’entretenir notre mémoire collective, pour se rappeler qu’au-delà des rivalités idéologiques, nationales, ethniques et religieuses, c’est d’abord et avant tout sur les notions de respect, de liberté, de croyance dans l’égalité des droits, de conscience d’appartenance à une seule humanité, que doivent se bâtir nos relations à l’autre.

Dans le respect de l’autre dans ses différences, sans désir de revanche, ni d’obsession dominatrice.

Gardons en mémoire les actions courageuses de ces hommes et de ces femmes, tels que Marie et Auguste Colin, qui nous donnent la force de croire en la bonté de l’homme et en sa capacité de rebondir en toutes circonstances quand l’existence même de l’humanité est mise en danger par des fanatiques haineux.

Que cette mémoire nous donne une voie à suivre. Celle de la raison et du courage.

Je vous remercie.

 


[1] Expression de Hannah Arendt, « Eichmann à Jérusalem », 1963.