Dossier n°12266 - Juste(s)

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Les personnes reconnues « Justes parmi les Nations » reçoivent de Yad Vashem un diplôme d'honneur ainsi qu'une médaille sur laquelle est gravée cette phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier ». Il s’agit de la plus haute distinction civile de l’état d’Israël. Au 1er janvier 2021, le titre avait été décerné à 27921 personnes à travers le monde, dont 4150 en France. Cependant le livre des Justes ne sera jamais fermé car nombreux sont ceux qui resteront anonymes faute de témoignages. Reconnus ou non, ils incarnent le meilleur de l'humanité. En effet, tous ont considéré n'avoir rien fait d'autre que leur devoir d'homme. Ils serviront de phares et de modèles aux nouvelles générations.

Allée des Justes à Paris
Allée des Justes à Jérusalem

Les Justes

Alfred Jean-Marie Le Guellec

Année de nomination : 2011
Date de naissance : 20/01/1891
Date de décés : 30/11/1949
Profession : Sous chef de Division à la Préfecture de Police

Augustine Le Guellec Guichard

Année de nomination : 2011
Date de naissance : //
Date de décés : 17/04/1977
Profession : Employée à la Banque de France

Localisation Ville : Paris (75012)
Département : Paris
Région : Ile-de-France

Lieu de mémoire

L'histoire

Alfred et Augustine LE GUELLEC

Paris, 15 juillet 1942. La journée de travail s’achève pour Alfred Le Guellec. À 48 ans, il occupe des fonctions importantes au sein du service des ressortissants étrangers de la Préfecture de police. Dans l’ascenseur qui le mène vers la sortie, il saisit une conversation qui le bouleverse: une arrestation de juifs se prépare pour le lendemain, dans Paris. L’opération sera d’ampleur, on y mettra les moyens. Il l’ignore mais c’est de la grande rafle du Vel’d’Hiv dont il s’agit.

«Fuyez immédiatement!»

Une fois dans la rue et à distance de son lieu de travail, le policier breton accoste tous les porteurs d’étoiles jaunes qu’il croise. «Fuyez immédiatement! Cachez vous !», leur intime-t-il en leur livrant les détails de l’effroyable projet qui prévoit, pour la première fois, que l’on arrête aussi les femmes et les enfants. Tous ne le croiront pas, hélas. Alfred Le Guellec court jusque chez son ami Marcel Skurnik. Un juif d’origine polonaise auquel le résistant breton s’était lié au moment de la mobilisation. Ils étaient dans le même régiment. Alfred Le Guellec a sauvé cet homme une première fois. En 1941, il a fait jouer ses relations dans la police pour le faire sortir du camp de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Marcel Skurnik y était en transit avec d’autres juifs polonais, en partance pour Auschwitz ou Drancy. En juillet1942, Marcel Skurnik et sa jeune épouse Régine dirigent un atelier de confection, rue des Immeubles-Industriels, dans le 11earrondissement de Paris. Ils ont une petite fille âgée de deux ans, Dora. Le couple milite dans les FTP-Moi (*), proche du réseau Manouchian. Vingt-trois de ses membres ont illustré cette fameuse affiche rouge les condamnant à mort sur les murs de Paris. Marcel Skurnik est immédiatement caché par le réseau.

«Je suis poursuivie! Cachez moi»

Le lendemain, comme prévu, débute la plus grande arrestation massive de juifs de la Seconde Guerre mondiale. 13.152 personnes seront arrêtées dans Paris et sa banlieue. Des hommes mais aussi, pour la première fois, des femmes et des enfants. 7.000 d’entre eux seront parqués dans le Vélodrome d’Hiver. Ils y resteront cinq jours sans nourriture et avec un seul point d’eau, avant d’être conduits vers les camps. «S’ils viennent, je me sauve. Ils ne peuvent pas embarquer un petit enfant seul», estime Régine Skurnik dans son logement, au troisième étage. Mais les policiers sont déjà dans l’escalier. La jeune mère, âgée de 25 ans, se saisit de la corde qui pend dans la cage d’escalier pour monter les charges et se laisse glisser jusqu’en bas. «La petite folle. Elle va se faire tuer», hurle un policier. Régine court à perdre haleine. La peau de la main arrachée, elle s’engouffre dans un café, au bout de la rue. «Je suis poursuivie! Cachez moi…». «Je ne suis que la serveuse!», lui répond la femme derrière le comptoir, tout en enlevant sa blouse pour que Régine l’endosse et prenne sa place derrière le comptoir, pour tromper les policiers.

Sauvée in extremis

Via la concierge de l’immeuble à laquelle elle a demandé d’aller chercher Dora dans l’appartement, Régine Skurnik fait prévenir les Le Guellec. En pleine rafle, prenant un risque fou pour elle et son époux policier, Augustine Le Guellec vient chercher Dora. Quand elle arrive chez la concierge, les policiers sont déjà passés. Ils lui ont demandé ses cartes de rationnement, pour connaître le nombre de ses enfants. Et ils vont revenir avec un mandat, pour fouiller le logement. Juste le temps pour Augustine Le Guellec de fuir avec l’enfant. Rescapée in extremis de la rafle du Vel d’Hiv’, la petite famille Skurnik sera cachée par les Le Guellec dans une chambre de bonne de leur quartier, d’où ils continueront leurs actions dans les FTP-Moi. En 1947, Dora a eu un frère, Norbert. Dora est devenue psychanalyste et Norbert pédopsychiatre. Leur père Marcel est décédé en 1986. Leur mère, Régine, vit toujours.

*FTP-Moi: Francs-tireurs et partisans Main d’œuvre immigrée. Marie-Line Quéau

Le 30 novembre 2011, Yad Vashem – Institut International pour la Mémoire de la Shoah, a décerné le titre de Juste parmi les Nations à Monsieur Alfred Le Guellec et à son épouse Madame Augustine Le Guellec.

Documents annexes

Allocution Andree Guellec Allocution Andree Guellec
Discours Dora Skurnik-Frydenzon Discours Dora Skurnik-Frydenzon
In a French fishing town, Holocaust bravery remembered In a French fishing town, Holocaust bravery remembered
Allocution de Philippe Paul, sénateur-maire Allocution de Philippe Paul, sénateur-maire
Paru dans le "Télégramme" de Brest du 07/07/2013 Paru dans le « Télégramme » de Brest du 07/07/2013
Invitation cérémonie Le Guellec Invitation cérémonie Le Guellec
Distinction. Un couple breton déclaré Juste Distinction. Un couple breton déclaré Juste

Articles annexes




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