Lieu de mémoire

Plaque en hommage aux Justes de Charente

Localisation

Ville : Angoulême (16000)

Département : Charente
Région : Poitou-Charentes

Commentaire

En souvenir de la rafle du 8 octobre 1942, à la mémoire de ces personnes trop tôt disparues et en hommage aux 21 Justes de la Charente.

Les plaques Cérémonie d'inauguration Plaque des Justes Plaque des déportés

Discours d'inauguration

 

 70 ANS, il aura fallu 70 ans pour que vos noms sortent du néant et figurent enfin parmi les victimes de la barbarie qui a déferlé sur notre pays au cours de la seconde guerre mondiale.

 70 ans, c’est le temps d’une vie, du moins pour ceux qui ont eu la chance de vivre.

 Cette chance, vous ne l’avez pas eue, vous qui n’aviez que 30 ans, 20 ans, 8 ans ou six mois lorsque votre destin a basculé.

 Beaucoup d’entre vous, juifs étrangers, aviez trouvé refuge en France, car pour vous, la  France, pays des lumières symbolisait l’espérance.

 Fuyant vos pays d’origine (Allemagne, Autriche, Russie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Grèce, Turquie) où la vie vous était devenue impossible, vous avez été rattrapés par l’Histoire, lorsque, avec l’ensemble des réfugiés lorrains vous avez abouti dans cette bonne ville d’Angoulême.

 A nouveau, vous n’avez pas connu le repos; dès votre arrivée vous avez dû vous cacher et survivre dans la hantise permanente de l’arrestation. Les services du gouvernement de Vichy déployaient un zèle intense pour vous traquer sans relâche.

 Cette  indigne chasse à l’homme a connu son paroxysme le 08 octobre 1942.

 Regroupés en ce lieu autrefois appelé « Salle Philharmonique » dans des conditions inhumaines (plusieurs angoumoisins s’en souviennent encore avec émotion) à la demande de l’occupant allemand aidé dans cette funeste besogne par les services de Vichy, vous avez été  transportés dans des wagons à bestiaux  jusqu’à DRANCY. Il est bon de préciser ici ce que beaucoup ignorent, la SNCF se faisait payer votre voyage vers la mort !

Les 4 et 6 novembre 1942 acheminés jusqu’à Auschwitz Birkenau par les convois 40 et 42  vous connurent le sort épouvantable planifié le 20 janvier 1940 par l’état major nazi au château de Wansee près de BERLIN.

Qui n’a pas vu la « Judenrampe » de Birkenau ne peut imaginer l’horreur dans laquelle vous avez vécu vos derniers instants. La fatigue, le froid, la faim la peur, rien ne vous a été épargné. Dès la sortie du train, la sélection qui d’un geste sec séparait définitivement les membres d’une même  famille : hommes d’un côté, femmes et enfants de l’autre : le bout du chemin pour tous, la mort immédiate pour les uns, seulement différée de quelques jours pour les autres.

Jamais dans l’histoire de l’humanité de tels moyens n’avaient été mis au service de la haine et de la barbarie. Seuls les juifs ont fait l’objet d’un tel traitement et à une telle échelle. 

C’est pourtant dans cette nuit profonde qui avait obscurci le ciel de l’Europe,  que quelques lumières ont commencé à poindre.

Révoltés par le traitement infligé par des êtres humains à d’autres humains, bravant le danger, des femmes et des hommes courageux se sont indignés et au péril de leur vie ont protégé et caché des juifs pendant toute la durée des hostilités.

Il est difficile aujourd’hui de mesurer le risque pris par ces Justes parmi les Nations et je veux ici et maintenant clamer leur noms :

Le département de la Charente peut être fier de compter ces 21 braves parmi ses enfants.

D’autres, non encore reconnus tant ils ont été discrets dans leur actes héroïques méritent également notre reconnaissance.

Les Juifs sont dit-on le Peuple du Livre ; mais ils sont aussi et surtout le Peuple de la Mémoire et de même que nous avons poursuivi sans relâche les criminels afin que la justice des hommes les punisse, nous n’oublierons jamais ceux qui au péril de leur vies et de celles proches ont su obéir à ce que leur dictait leur conscience.

Au nom de tous les survivants de la Shoah, mais aussi au nom de tous les rescapés des divers massacres qui ont endeuillé l’époque moderne, je vous dis MERCI.